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Séguin, Dumont et cie : où sont les indépendantistes au P.Q.?

Nestor Turcotte

Matane

 

 

Yves Séguin s’est commis, à la télévision de Radio-Canada, dimanche soir dernier, en se réappropriant la fameuse phrase prononcée par Robert Bourassa, le 23 juin 1993, suite à l’échec de Meech et en se portant défenseur de la question de Bruxelles que l’ancien premier ministre libéral avait laissé échapper dans la capitale belge, en juin 1992.

 

On sait que le regretté Bourassa avait formulé ainsi sa possible et nouvelle proposition constitutionnelle dans les termes suivants :«Voulez-vous remplacer l’ordre constitutionnel existant par deux États souverains associés dans une union économique, responsables à un parlement commun?» Mario Dumont et Jean Allaire se firent les défenseurs de cette position dans un célèbre congrès libéral où les deux alliés quittèrent le PLQ pour s’en aller fonder l’Action démocratique du Québec, qui proposait alors et propose toujours une nouvelle union confédérale avec le reste du Canada.

Pour les nostalgiques et pour ceux qui l’auraient oublié, le référendum de 1995 retenait exactement les éléments de la position bourrassiene et la thèse soutenue maintenant par les Séguin-Dumont. Voici la question à laquelle les citoyens du Québec ont répondu en octobre 1995: «Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? » En répondant OUI à cette question, les Québécois s’engageaient à créer une nouvelle Confédération canadienne, mais ne s’engageaient pas à sortir de la Fédération dans laquelle ils étaient, à moins que les négociations échouent entre le Québec et le Canada. Avec Parizeau en tête, il est bien clair que cette astuce dans la question, (tant de fois dénoncée comme une cage à homards) n’aurait jamais conduit le Québec à cette union confédérale, mais à l’échec orchestré dans les négociations par les partisans du OUI et, forcément, à une sortie par la bande du Québec de la Fédération canadienne.

Mario Dumont s’était promis, le lendemain de la consultation populaire de 1995, de ne pas parler de Constitution avant une bonne dizaine d’années. Le temps est maintenant terminé. Il peut donc recommencer et discuter de ces choses, puisqu’elles n’ont pas été réglées dans la clarté et la lucidité lors du dernier référendum.

Comme la position de Monsieur Dumont et celle de Monsieur Séguin se ressemblent comme deux gouttes d’eau, il serait normal que Monsieur Séguin, ou bien quitte les rangs du Pari libéral du Québec et rejoigne Mario Dumont pour proposer, lors du prochain scrutin, la même thèse qu’ils défendent tous les deux , ou encore se fasse élire comme chef du Parti Libéral du Québec, en ralliant le parti à sa position constitutionnelle et en ramenant forcément avec lui Mario Dumont dans son ancien giron politique. Le nouveau mariage politique, nullement contre nature, pourrait faire la prochaine élection autour du thème «d’une nouvelle union confédérale», bâtie par les libéraux, eux qui souhaitent toujours «briller parmi les meilleurs». Mario Dumont, pour représenter la classe jeunesse montante, pourrait devenir vice-premier ministre du Québec, en espérant prendre la place de Séguin dans un avenir rapproché. Les libéraux pourraient ainsi reprendre le pouvoir sans difficulté, laissant Landry sur le bord de la clôture,béat et sans recours.

Bernard Landry, qui cache son option depuis des années dans une souveraineté à l’européenne, sera bien obligé de se rallier à cette thèse qu’il défend dans le sous-sol de son parti politique ou bien montrer que son nouveau langage qui le porte depuis quelque temps et qui le pousse à parler de l’indépendance nationale, est autre chose qu’une frime passagère.

L’union confédérale de Bourassa, celle défendue par Séguin et Dumont, et parfois par Bernard Landry en différentes occasions, n’est en fait, qu’une forme de fédéralisme renouvelé à un registre supérieur. Il reste à savoir si Landry continuera à turluter la chanson de la libération nationale jusqu’au prochain scrutin ou s’il va se rallier au chant confédéraliste de ses prétendus adversaires. Le «souverainisme» dont parle le chef de l’Opposition pourrait-il s’appeler, lui aussi, confédéralisme à l’européenne? Ce serait une bonne occasion de le savoir.

Tout ce chemin parcouru, depuis trente-cinq ans, pour dire que tout le monde, en fait, pense la même chose, à savoir que les Québécois n’arrivent pas à se brancher et que la cause de l’indépendance nationale n’a guère progressé pendant ces longues années perdues. Le langage des politiciens est souvent ambigu. La Saison des Idées et le Grand Chantier de Landry s’ajoutent-ils aux farces constitutionnelles des dernières décennies et ne sont-ils qu’une mascarade de plus à la panoplie des comédiens qui aspirent à reprendre le pouvoir? Confucius disait qu’avant de faire une réforme politique, il fallait écrire un bon dictionnaire. Il n’est jamais trop tard pour l’écrire, mais qui, dans les politiciens qui nous dirigent ou qui aspirent à nous diriger, auraient le courage de le consulter?

Et madame Françoise David, dans tout ça?

 

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