
Le choix de Bernard Landry
Nestor Turcotte
Lauteur a été deux fois
candidat du Parti québécois dans la circonscription de Matane.
Au début de juin dernier, Bernard Landry
abandonnait la direction du Parti québécois,
délaissait son poste de député et de Chef de
lopposition à lAssemblée nationale. En
moins de quarante-huit heures, lancien premier ministre
retrouvait sa maison de Verchères, redevenait un citoyen
ordinaire et «militant» du Parti quil dirigeait
depuis quelques années. Surprise pour les uns, satisfaction
pour les autres.
Depuis quelques semaines, certains journaux
publient des interventions venant de militants souverainistes, de
personnages avantageusement connus au Québec, suppliant
lancien premier ministre de reconsidérer sa
décision prise sous le coup de lémotion, de
revenir sur cette décision et donc, de se lancer dans la
course à sa propre succession.
Beaucoup de militants ont souvent reproché
à Bernard Landry de ne pas être souverainiste ou
indépendantiste, au sens classique du terme. Son approche
«confédéraliste» du Québec de demain,
son union confédérale à leuropéenne,
sème toujours le doute sur ses intentions profondes. Il se
tient, en ce sens, bien plus près de la thèse
confédérale de Mario Dumont et du Rapport Allaire que
dun Jacques Parizeau, identifié clairement à
lindépendance nationale. Lors de la campagne
électorale de 2003, lancien premier ministre
disait : «Je vois le Québec dans les Amériques
comme la Belgique dans lEurope. Si, demain matin, Jean
Chrétien, dans un geste spectaculaire, avant de quitter le
gouvernement, disait :«Joffre au Québec, DANS
LE CANADA, dans lunion canadienne, le statut de la France dans
lUnion européenne», la question
québécoise serait réglée rapidement.
Nous, on signerait et on le ferait ratifier par
référendum et on gagnerait dans des proportions
effarantes.» (Le Devoir, 8 mars 2003, page A-10).
Landry, avant de se lancer dans la course à
la chefferie du Parti québécois, doit, de toute
urgence, lever lambiguïté. Est-il, oui ou non, en
faveur dune renégociation du statut du Québec
dans la futur confédération canadienne, ou est-il en
faveur de la création dun nouveau pays qui
sappellerait le Québec et qui aurait forcément le
statut dun pays indépendant? A titre de suggestion, il
devrait regarder de très près la position dun
Louis Bernard, qui, en lançant sa propre campagne, a mis
cartes sur table, allant jusquà proposer le
libellé de la future question référendaire, une
date déchéance rapide pour la consultation
populaire. Louis Bernard ne sen cache pas : il veut faire
lindépendance du Québec. Il na que faire de
la souveraineté-association-partenariat, telle que
proposée en 1995 et telle que le proposerait sans doute le
Bernard Landry ressuscité.
Si Landry veut revenir, il doit emprunter la voie
de la clarté. Et pas une autre. Et il aurait, en ce sens,
entièrement mon appui, car lhomme, malgré
quelques défauts perceptibles, a toujours la fougue dun
jeune combattant, le désir de gagner. Il pourrait, sil
le voulait, devenir le premier président de la
République du Québec, flanqué dun Louis
Bernard, homme dexpérience, habile et excellent
négociateur, mais sans expérience politique. Une sorte
de tandem présidentiel à laméricaine qui
aurait lavantage de frapper limaginaire québécois.
Lindépendance nationale ne doit pas
être confiée au dernier des néophytes. Il
sagit là dune question fort sérieuse, qui
demande à la barre des hommes ou des femmes sérieux,
expérimentés et compétents. Landry est de cette
trempe. Mais aura-t-il le courage de faire le pas que tant
dindépendantistes lui réclamaient de faire
lorsquil était à la barre du navire
souverainiste? La réponse lui appartient. Sil ne veut
pas franchir ce pas indispensable, quil reste dans sa demeure
de Verchères à contempler le fleuve qui coule à
ses pieds. On trouvera bien, le temps venu, le chef qui pourra
compléter le travail à finir et nommer enfin&ldots; le
pays qui dort au fond du coeur des Québécois.