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De la gloire de l’olivier

Nestor Turcotte

 

Matane - «  Qui entre au conclave pape, en ressort toujours cardinal » dit le dicton populaire. Depuis quelques années, les noms des « papabili » sont connus : d’abord le cardinal Ruini, l’alter ego du pape Jean-Paul II. Il a eu, depuis des années, la possibilité de suivre, pas à pas, le Saint-Père défunt.  Il connaît les rouages politiques du Vatican. Ruini a été nommé secrétaire de la Conférence italienne des évêques en 1986. Puis, vicaire de Rome le 17 janvier 1991. Enfin, président de l’épiscopat italien et cardinal cinq mois plus tard. Sa nomination comme pape assurerait la poursuite de la stratégie wojtylienne « de la visibilité politique » de la foi. Un handicap sérieux cependant : son manque d’expérience internationale.

Un autre candidat intéressant : le cardinal Laghi, excellent théologien, qui a travaillé au rapprochement entre juifs, musulmans et chrétiens. Il a toujours rêvé « de poser les bases d’une synthèse du savoir qui ne soit pas réductionniste et qui n’exclue pas le transcendant ». Vient ensuite le cardinal Moriera Neves, un Brésilien à la peau sombre. « Il faut, selon lui, prendre en considération les immenses masses des pauvres, les conduire à l’annonce de la dignité de la personne humaine, extirper la misère et toute une série de déséquilibres sociaux ». L’élection d’un Latino-Américain, d’origine africaine, « ne manquerait pas de toucher l’imagination des foules ». Ce nouveau pape serait planté au centre de gravité de la catholicité, l’Amérique du Sud.

Parmi les autres « papabili », toujours membres de la Curie romaine, le nom du Belge Jan Schotte, secrétaire général du Synode des évêques, revient souvent. Il parle couramment six langues. En le nommant cardinal. le 26 novembre 1994, Karol Wojtyla avait dit que sa nomination était providentielle. Ceux qui rêvent d’une Église plus « synodale » ou plus « collégiale » pourraient trouver en cet homme le candidat idéal.

Le nom d’Éduardo Pironio circule aussi dans plusieurs milieux officiels. Latino-Américain, né en Argentine, Pironio, âgé de 75 ans, a été le grand artisan de la Conférence latino-américaine de Medellin, tenue en 1968.  Il a l’expérience du gouvernement central ; il connaît les mécanismes de la Curie, et il est « l’homme de Medellin ». Il a le profil d’un pape « spirituel ». Il est un grand connaisseur des œuvres des pères Yves Congar et Karl Rahner, théologiens influents au concile Vatican II.

D’autres noms circulent aussi : c’est le cas de l’Espagnol Eduardo Martinez Somalo, de l’Africain Bernardin Gantin, du cardinal Schoenborn. de Vienne, du cardinal allemand Joseph Ratzinger. Mais le plus papibile des papabili serait, sans doute, l’ancien archevêque de Milan, le cardinal Martini. «  Si le Vatican était une démocratie, il serait élu à la majorité », écrivait en avril 1993, le Sunday Times. Il aurait été (son âge avancé le disqualifie probablement car il est né en 1927) l’homme idéal pour affronter les problèmes actuels de l’Église : l’ordination d’hommes mariés, la contraception, les questions de morale sexuelle, les problèmes bio-éthiques, etc. Il est très ouvert au judaïsme et il possède une envergure internationale. Mais il a un grand défaut : il est jésuite. Et jamais un jésuite n’est devenu pape.

Depuis 1978, année de l’élection de Jean-Paul II, l’expérience d’un pape polonais semble avoir fait souffrir certains monsignori de la Curie romaine. Depuis 1995, avec humour, on ne se gêne pas d’utiliser, à la Curie romaine, la formule suivante  dans l’enceinte du Vatican : «  Jamais, plus jamais à l’est de Frascati !  ». Le prochain pape devrait être un Italien, selon la logique des membres de la Curie. En plus, la seule chose qui devrait guider les cardinaux dans la nomination du prochain pontife, serait la remarquable spiritualité et la grande humanité de l’homme désigné. Martini rassemble toutes ces qualités.

Mais, on a tendance à oublier, qu’en plus des 118 cardinaux qui entreront au conclave le 18 avril prochain, l’Esprit de Dieu accompagnera ces hommes voués à l’Église catholique romaine et à son universalité. C’est sur Lui et sur Lui avant tout, que les membres du conclave devraient s’appuyer pour élire le successeur de Jean-Paul II. En ces « temps apocalyptiques », la conversion possible et miraculeuse du peuple juif pourrait bien devenir la clé du prochain conclave. 

La rénovation et le renouvellement tant attendu dans l’Église pourrait bien venir de l’apport d’une miraculeuse rentrée du peuple juif dans la catholicité. Le chapitre onze de l’épître aux Romains trouvera peut-être sa réalisation prophétique dans les années à venir.

« Dieu n’a pas rejeté le peuple que d’avance il a discerné. Ce que cherche Israël, il ne l’a pas atteint. Mais leur faux pas a donné le salut aux païens. Car si leur mise à l’écart fut une réconciliation avec le monde, que sera leur admission, sinon une résurrection d’entre les morts ? La racine est sainte et les branches aussi. Si quelques-unes des branches ont été coupées, tandis que toi, (Paul parle aux Romains convertis) sauvageon d’olivier, tu as été greffé parmi elles pour bénéficier avec elles de la sève de l’olivier, ne va pas te glorifier aux dépens des branches.

Considère donc la bonté et la sévérité de Dieu : sévérité envers ceux qui sont tombés, et envers toi bonté, pourvu que tu demeures en cette bonté ; autrement tu seras retranché toi aussi. Et eux (les Juifs) s’ils ne demeurent pas dans l’incrédulité, ils seront greffés. Dieu est assez puissant pour les greffer à nouveau. En effet, si toi ( le Romain païen) tu as été retranché de l’olivier sauvage auquel tu appartenais par nature, et greffé, contre nature, sur un olivier franc, combien plus eux, (les Juifs) les branches naturelles, seront-ils greffés sur leur propre olivier » (Romains XI).

Dans son livre, Le successeur, Giancarlo Zizola  trouve en Martini l’homme qui pourrait faire cette jonction entre le judaïsme et la catholicité d’aujourd’hui. L’Église ne peut être, selon Martini, domina, ne peut pas vivre triomphalement comme une « puissance ». Selon l’illustre bibliste de Milan, il faut en appeler à cette conversion évangélique que déjà saint Paul, dans la lettre aux Romains, parlant de l’impuissance de l’homme à créer des conditions morales de paix, de justice et d’égalité, considérait comme la seule voie possible, à savoir le changement intérieur, la conversion du cœur. Il faut retourner aux origines du christianisme. En cela, la référence à l’Écriture est décisive.

Le cardinal Martini, dans son enseignement, a toujours demandé aux chrétiens de réfléchir « sur le premier grand schisme » qui coupa les relations entre les judéo-chrétiens et la communauté chrétienne primitive. L’Église, en ce sens, a toujours oublié, même dans son enseignement officiel, cet apport original que la tradition hébraïque aurait pu lui apporter. Il faut refaire cette unité.

Cette division originelle a eu, selon Martini, les conséquences suivantes : permanente difficulté des chrétiens à « focaliser la juste attitude à l’égard du pouvoir technique, économique et politique du monde » ; difficulté de la pratique chrétienne à adopter une attitude positive envers le corps, le sexe et la famille » ; difficulté à trouver le juste rapport entre l’espérance eschatologique et messianique, d’une part, et les espoirs, les attentes des individus et de la société concernant la justice, les droits de l’homme, la paix, d’autre part ».

Le cardinal Martini se dit convaincu que des lacunes de ce genre prouvent la véracité de la perspective de saint Paul, selon lequel, la réunion des juifs et des chrétiens « sera comme renaître à la vie depuis la mort ».

Ce spécialiste de la critique des textes bibliques trace, on ne peut mieux, le programme de l’Église de demain : « Servir la parole de Dieu de telle sorte qu’elle suscite, interprète, purifie, sauve l’aventure historique de la liberté humaine ». Saint Paul utilise un langage similaire : ce sera comme une résurrection d’entre les morts !

L’espérance en ce renouvellement par l’apport d’une conversion massive du peuple juif, venant rénover, par la grâce de Dieu, sa propre Église catholique et universelle, sera le grand signe des Temps qui nous sont comptés. Le prochain pape sera, selon toute vraisemblance, celui qui amènera la Gloire de l’Olivier au cœur de la chrétienté. Il préparera des temps nouveaux que personne n’aura jamais pu imaginer. Les millions de gens qui accourent à Rome présentement en sont les prémices. Croyants et incroyants se retrouvent en ce pape polonais qui a tracé les chemins de Dieu et préparer des voies spirituelles à l’humanité, inimaginables à nos cœurs enténébrés par les rumeurs de ce monde. Ils se retrouveront tous en ce prochain pape, prophète de l’Unité et de la Réconciliation, expression de l’Esprit en ce monde désorienté.

Les chrétiens l’ont peut-être oublié : les chemins de Dieu ne sont pas leurs chemins. Dans quelques jours, l’Église aura un pape imprévisible. Sera-t-il d’origine juive pour préparer le pont qui fera entrer le peuple d’Israël dans sa véritable patrie spirituelle ? La prophétie de Paul est peut-être plus près de nous qu’on peut le supposer.

Martini serait le candidat idéal pour réaliser cette union obligatoire des croyants associés à la lecture de la Torah et de la Bible. Son âge avancé, cependant, pourrait l’en empêcher. Dans les circonstances, il n’y a, selon moi, qu’un seul cardinal électeur qui pourrait remplir cette mutation religieuse inégalée. Il se nomme Jean-Marie Lustiger, archevêque démissionnaire de Paris, fils de Juifs polonais, né d’une femme juive, morte à Auschwitz en 1943, et converti au catholicisme. En lui, la France, fille aînée de l’Église, retrouverait sa mission première de l’Église naissante. En lui, l’Olivier pourrait recevoir la branche qui s’est elle-même retranchée du tronc vert. En lui, la rénovation intérieure pourrait se faire par l’apport de la métaphysique hébraïque qui, malheureusement, échappe totalement à la chrétienté : la présence du Dieu créateur, l’Innommable, l’Adonaï qu’on ne peut nommer, et la retour du Seigneur, une vision eschatologique du monde qui opère déjà, par la foi,  la transformation à venir de cette humanité terrestre. 

Si le salut doit venir par les Juifs, les temps n’ont jamais été aussi propices pour que cette prophétie s’accomplisse ! Un seul cardinal est juif d’origine. Il sera le prochain pape. À  moins que l’Esprit de Dieu, « in pectore », nous réserve la surprise d’un « outsider ». Ce ne serait pas la première fois que l’Esprit saint déjoue les calculs des hommes. 

 

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