|
Le
Parti québécois nest plus indépendantiste
Le Parti
québécois est né en octobre 1968 avec la fusion
de Mouvement Souveraineté-Association de René
Lévesque, du Rassemblement pour lindépendance
nationale (RIN) et le Rassemblement national (RN). Dans son ouvrage, Option
Québec publiée en 1968, René Lévesque
affirme que le fédéralisme est une maison de fous.
Il affirme, en outre, que le Canada est constitué de deux
nations, de deux majorités paralysées et que le chemin
de lavenir est un Québec souverain (p. 39) dans une
nouvelle union canadienne (p. 40).
René
Lévesque na donc jamais été
indépendantiste au sens strict du terme, et na jamais
proposé autre chose, pour changer lordre
constitutionnel, quune forme de fédéralisme
renouvelé, la souveraineté-association
transformée aujourdhui en
souveraineté-partenariat. Un Québec
«souverain» fondu dans un grand ensemble canadien. Un
Québec fort, dans un Canada uni. Une nouvelle
confédération ! Pas autre chose ! Yvon Deschamps disait
de même dans un de ses monologues, pour faire rire son monde.
Le
déclenchement des élections, le 29 mars 1970, permit au
Parti québécois de mettre à lépreuve
sa nouvelle approche constitutionnelle. Candidat dans Matane, je me
fis le propagandiste de la thèse indépendantiste, en ne
faisant jamais allusion dans mes discours dassociation. Vite,
je fus classé parmi les «purs et durs de
lindépendance. Lexpression est encore dans le
paysage. Soulignant, partout où je passais, que
jétais un «séparatiste», que je voulais
sortir le Canada du Québec, jatteins le score
exceptionnel de 24 % du vote populaire en cette première
tentative. En fin de campagne, à Mont-Joli, juché sur
une plate-forme de camion, je ne craignis pas de présenter
René Lévesque, comme le futur président de la
République du Québec. Il fit la mou devant mes propos
et sengouffra par la suite dans son petit avion en partance
pour Québec. Le Parti québécois, faut-il le
rappeler, fit élire 7 députés à
lAssemblée nationale à sa première
participation à un scrutin québécois.
En
septembre 1973, Bourassa convoqua à nouveau les
électeurs aux urnes. Ce fut un balayage libéral. Le
P.Q. ne fit élire que 6 députés et dans Matane,
toujours en affirmant que jétais un
«séparatiste», que je voulais que le Québec
quitte la Fédération canadienne, les électeurs
me donnèrent 38 % du vote populaire. Quelques grenailles de
plus et jétais le premier député
solidement «indépendantiste» élu à
lAssemblée nationale.
Au cours
de ces deux premières élections, les instances du Parti
nous avaient demandé de marteler toujours le même
message : il est impossible pour le gouvernement de Québec
dêtre un «bon gouvernement» dans le
régime fédéral. Cest ce que je fis en
1973, en prononçant 29 discours dans une campagne qui avait
commencé le 7 octobre par mon investiture à Les
Méchins, et qui se termina le 29 octobre, jour du scrutin.
Les deux
mandats libéraux terminés, il était tout naturel
que le Parti québécois accède au pouvoir.
Plongé dans toutes sortes de scandales, le gouvernement
péquiste prit le pouvoir, le 15 novembre 1976, avec une forte
majorité de sièges. Aussi contradictoire que cela
puisse paraître aujourdhui, cette campagne sarticula
autour du thème suivant : Aujourdhui, on vote pour
un «bon gouvernement» et plus tard, on se prononcera par
voie référendaire sur lavenir du Québec.
Comme tête-à-queue, il ne pouvait pas y avoir mieux.
Pendant deux élections, comme candidat, je métais
époumoné à dire aux électeurs que le
Québec ne pouvait pas avoir un «bon gouvernement»
dans le régime fédéral actuel alors que
maintenant, haut et fort, on écrivait, on pavoisait, quon
pouvait avoir «un bon gouvernement» dans le même
régime quon décriait. Ce nétait pas
la première contradiction que le Parti québécois
allait vivre dans les années subséquentes.
Pris dans
le tourbillon des réformes, René Lévesque
abandonna vite le rêve souverainiste de ceux qui lavaient
porté au pouvoir. Il retarda jusquà la date
limite le référendum promis au cours de ce premier
mandat. La bisbille sinstalla au Conseil des ministres au sujet
du libellé de la question référendaire. Jacques
Parizeau, déjà opposé au projet de
souverainté-association de Lévesque fit,
paraît-il, une crise épouvantable lorsquil vit la
question concoctée par Claude Morin et son entourage.
La
question posée lors du référendum du 20 mai 1980
fut la suivante :
Le gouvernement du Québec a fait
connaître sa proposition den arriver, avec le reste du
Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe
de légalité des peuples; cette entente
permettrait au Québec dacquérir le pouvoir
exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et
détablir ses relations extérieures, ce qui est la
souveraineté et, en même temps, de maintenir avec le
Canada une association économique comportant lutilisation
de la même monnaie : aucun changement de statut politique
résultant de ces négociations ne sera
réalisé sans laccord de la population lors
dun autre référendum; en conséquence,
accordez-vous au gouvernement du Québec le mandat de
négocier lentente proposée entre le Québec
et le Canada?
La
réponse fut sans équivoque : 40 % votèrent OUI
à cette question. 60% votèrent NON.
Les
Québécois refusèrent non pas de faire
lindépendance, mais refusèrent de donner «au
bon gouvernement élu le 15 novembre 1976» dentamer
des négociations politiques et économiques avec le
reste du Canada. Le Canada, durant la campagne
référendaire, porté par le charismatique Pierre
Trudeau, opposa un net refus de négocier avec le QUÉBEC,
qui nétait, dans les faits, quun
«province» comme toutes les autres. Simple logique! Un
gouvernement fédéral na pas le pouvoir de
négocier des changements aussi profonds avec une de ses
provinces, fut-ce le Québec. Trudeau, avec sa verve
habituelle, stigmatisa les «souverainistes-associonnistes»
en leur disant : «Faites dabord votre indépendance,
et on verra après». Et il avait raison.
Léchec
du référendum de 1980 plongea René
Lévesque dans un profond désarroi et accepta, une fois
de plus, le beau risque du fédéralisme renouvelé.
Le rapatriement unilatéral de la Constitution, malgré
lopposition unanime de lAssemblée nationale, se
fit sans le consentement du Québec. Depuis cette date
mémorable, le Québec nadhère toujours pas
à cette nouvelle constitution. Et cela ne semble pas
déranger les Québécois amorphes et
désarticulés électoralement. Personne ne leur
signale cet accroc majeure à notre vie collective. Tout le
monde vit comme si on avait signé 1982. Pourtant, la loi
constitutionnelle est la loi fondamentale dun pays, autour de
laquelle sarticulent toutes les autres lois. Pas étonnant
que certaines de nos lois, de temps en temps, tombent dans linconstitutionnalité.
Le
départ de René Lévesque de la vie politique
amena, à la veille dun scrutin obligé, la
présence de Pierre-Marc Johnson, à la tête de
lÉtat et du Parti québécois. Le virage
«autonomiste» complété, le P.Q. se
lança dans la mêlée. Il fut battu à plate
couture par un Parti libéral, à nouveau dirigé
par Robert Bourassa. Le Parti québécois,
désarticulé et fragilisé, resta sans chef,
après la démission de Pierre-Marc Johnson. Cest
à cette époque que je cessai dêtre
péquiste pour de bon. Un premier retour à Duplessis!
Larrivée
de Robert Bourassa au pouvoir plongea à nouveau le
Québec dans la tourmente constitutionnelle.
Lélection, dans lhonneur et la dignité de
Brian Mulroney, premier ministre conservateur à la tête
du gouvernement canadien, relança tout le débat
constitutionnel qui devait nous mener à léchec du
Lac Meech.
Jacques
Parizeau, parcourait, pendant ce temps, tout le Québec pour
réanimer un Parti québécois presque moribond. A
lété 1993, Bourassa constata, devant ses pairs,
à lAssemblée nationale, léchec
retentissent de laccord du Lac Meech . Il se leva, le soir du
23 juin, la veille de la fête nationale, pour proclamer ceci : «Le
Canada doit comprendre dune façon très claire
que, quoi quon dise, quoi quon fasse, le Québec
est, aujourdhui et pour toujours, une société
distincte, libre et capable dassumer son destin et son
développement.» Parizeau, dans un geste digne et
solennel, qui passera sans doute à lhistoire, se leva de
son siège, tendant la main au premier ministre Robert
Bourassa, lui demandant de sunir avec lui, pour faire
lindépendance du Québec. On connaît la suite.
Jacques
Parizeau prit ensuite le pouvoir en 1994 en promettant de faire un
référendum sur la souveraineté du Québec,
dans la première année suivant son élection.
Élu avec ce mandat clair et précis, il annonça
à lavance la question référendaire. Le
libellé, dans son esprit, devait être court, clair et
sans équivoque. Quelque chose qui pourrait ressembler à
ceci : «Acceptez-vous que le Québec soit souverain en
date de...» Personne avant lui, avait osé dire les choses
aussi clairement.
Lentente
du 12 juin 1995, signée à Québec, avec Lucien
Bouchard du Bloc québécois et Mario Dumont, chef de
lAction démocratique changea toute la donne. La question
fut modifiée et, une fois de plus, les Québécois
ne votèrent pas sur le fond de la question, à savoir
lindépendance de leur nation.
La
question posée lors du référendum de 1995 fut la
suivante :«Acceptez-vous que le Québec devienne
souverain, après avoir offert formellement au Canada un
nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du
projet de loi sur lavenir du Québec et de lentente
du 12 juin 1995». La réponse divisa plus que jamais
les Québécois. Plus de huit ans plus tard, ils le sont
tout autant.
Parizeau,
lié à cette entente avec le Bloc québécois
et lADQ de Mario Dumont, sorti déçu de cette
expérience qui était à des
années-lumières de sa position initiale. Il
démissionna le lendemain du scrutin référendaire.
Il y a quelques mois, il vient de dire que sil avait pu
prévoir ce qui sest passé par la suite, il
naurait jamais démissionné, faisant ainsi
allusion au fait que le P.Q.,dirigé par Lucien Bouchard, par
la suite par Jean-Bernard Landry, enterrèrent sous la pointe
des pieds la question de la souveraineté du Québec.
Que
sest-il passé pour que le premier ministre
indépendantiste Parizeau se plie à des compromis aussi
importants ? Parizeau, lhomme de la clarté,
sétait laissé avoir par des stratèges qui
allaient détourner une volonté affirmée, maintes
et maintes fois, den venir enfin au fond de la question.
Parizeau, pour faciliter la venue de dautres joueurs plus ou
moins identifiés à la cause indépendantiste,
accepta donc de vouloir faire lindépendance par la
bande. On parla alors de la stratégie de la gage à
homards. De lastuce référendaire. La suspicion
gagna bien des milieux, et, en voulant aller chercher «les
mous», bien des indépendantistes de la première
heure, rongèrent leur frein et ne pardonnèrent jamais
au seul premier ministre indépendantiste de les avoir en
quelque sorte trahis.
En effet,
le référendum était vraiment astucieux. On
proposait au Canada anglais une offre de partenariat
économique, voire politique, et on lui imposait la
nécessité de négocier. Sinon, un an plus tard,
le gouvernement du Québec, utiliserait son mandat
arraché par sournoiserie, pour déclencher
unilatéralement la souveraineté du Québec. Je
mopposai vivement à cette démarche en
écrivant deux longs articles dans le journal local, articles
qui parvinrent par la suite au bureau du premier ministre ?
Aujourdhui
encore, plus de huit ans après, je me demande encore comment
Jacques Parizeau, que je considère toujours comme le plus
grand premier ministre du Québec, a-t-il pu sembarquer
dans cette galère ? Comment a-t-il pu, lui lhomme aux
idées claires et bien campées, se laisser avoir par une
telle magouille ?
Tout bon
citoyen qui réfléchit le moindrement sait, tout
naturellement, que lindépendance dun peuple est
quelque chose de trop sérieux pour que cela se réalise
dans lambiguïté, avec un climat arraché dans
la confusion. Même si, en 1995, le Québec avait
donné massivement le mandat de négocier cette entente,
qui lors du vote était encore à létat
embryonnaire, le Canada anglais, par la bouche de tous les premiers
ministres des provinces et par la bouche du premier ministre du
Canada, aurait tout de suite refuser de le faire, en prétextant
quune province ne peut se donner un tel mandat dans une
fédération, dune part, et dautre part, en
affirmant quil faudrait, en toute logique, utiliser le
même procédé pour savoir si les provinces et le
reste du Canada anglais étaient daccord pour entamer de
telles négociations.
Et nous en
sommes restés là. Depuis ce temps, le P.Q. gouverne
depuis plus de huit ans et sapprête à demander un
renouvellement de mandat à lélection qui doit se
tenir le 14 avril prochain.
La
ministre des Finances, Pauline Marois, affirme que la
souveraineté sera là comme toile de fond de la campagne
et Landry affirme quil ne se gênera pas de parler de
souveraineté, si loccasion se présente, pendant
la campagne électorale, sans prendre le temps de définir
ce mot. Comme les sondages pré-électoraux demeurent
solides, il est à parier quon ne parlera pas tellement
de la question nationale, de crainte de perdre des votes et
déchapper le pouvoir qui sert si bien les dirigeants actuels.
Le journal Le
Devoir, du samedi 8 mars 2003, en première page, dans une
entrevue exclusive avec Jean-Bernard Landry, mentionne tout
simplement en gros titre que celui fera, durant la campagne, une
croisade souverainiste, sans objectif référendaire. Il
souhaite «créer une atmosphère pour que la
souveraineté soit souhaitée».
Le Devoir, à la fin de lentrevue,
mentionne que Bernard Landry, qui prône toujours un
modèle confédératif de souveraineté,
les propos non équivoques du premier ministre : «Je vois
le Québec dans les Amériques comme la Belgique dans
lEurope. Si, demain matin, Jean Chrétien, dans un geste
spectaculaire avant de quitter le gouvernement, disait :
«Joffre au Québec, dans le Canada, dans
lunion canadienne, le statut de la France dans lUnion
européenne, la question québécoise serait vite
réglée rapidement.»
Les propos
du premier ministre ne peuvent être plus explicites. Landry
veut une nouvelle confédération, négociée
de gré à gré comme le stipulait la question
référendaire de 1995. Cest ce qui fait dire
à Michel Vastel, dans son livre Landry le grand
dérangeant (p.428), des propos que je fais miens : «Souverainiste»
donc, Bernard Landry semble saccrocher à un mot dont,
faute de mieux, il abuse chaque fois quil parle de lavenir
du Québec. Que le président du Parti
québécois ladmette ou non, lunion
confédérale quil propose nest quun
autre modèle de fédéralisme. La
souveraineté dont il rêve nest que la
liberté de choisir son partenaire. Et lhistoire dicte
que ce soit dabord le Canada.
Jean-Bernard
Landry, grand admirateur de Robert Bourassa, ne veut pas faire
lindépendance du Québec. Il veut choisir, dans le
Canada, un nouveau mode de fonctionnement pour le Québec.
Cest la politique constitutionnelle de Robert Bourassa,
reformulée avec des mots nouveaux.
Preuve
à lappui, ce voyage effectué par Landry en 2001,
où devant les journalistes présents, il affirma
quil voterait OUI à la question que Bourassa avait
suggéré dans la ville belge quelques années
auparavant. Ce que le jargon politique a dénommé
«la question de Bruxelles». Lancien premier ministre
avait alors proposé de poser éventuellement la question
référendaire suivante : Voulez-vous remplacer
lordre constitutionnel existant par deux États
souverains associés dune union économique
responsable devant un parlement commun»?
Comparez,
si vous le voulez et si vous ne vous bouchez pas les yeux, cette
formulation de Bruxelles et la question référendaire de
1995, posée par le Parti québécois. Elles se
ressemblent comme deux gouttes deau. Les mêmes
éléments sy retrouvent, sauf lastuce
dune déclaration unilatérale
dindépendance, si les négociations ne
fonctionnement pas. Le fond est le même dans les deux questions.
Les
Québécois, en 1995, ont donc voté sur le
programme constitutionnel des dissidents du parti libéral et
qui se retrouvent maintenant dans lADQ et le rapport Allaire.
De sources sûres, je sais pertinemment que si cette thèse
navait pas été au coeur de lactivité
référendaire de 1995, Mario Dumont et son mentor Jean
Allaire nauraient jamais signé cette entente. Je
comprends maintenant Mario Dumont, cinq jours après le
référendum de 1995, qui na pas craint de dire
quil fallait mettre la question nationale de côté
pour les dix ou quinze prochaines années. Sa thèse
confédéraliste venait dêtre battue et il
fallait oublier tout ça!
Le P.Q.,
voyant que le peuple ne semble plus vouloir opter pour
lindépendance sur laquelle il ne sest jamais
prononcé, a vite récupérer la thèse
constitutionnelle adéquiste et fait du millage avec elle
depuis le dernier référendum. Celui-ci parle
constamment dun éventuel référendum sur la
souveraineté, sans en jamais préciser le sens, les
enjeux, le fond de la question débattue, le libellé de
la question. Pas étonnant que Pauline Marois en parle
maintenant comme une toile de fond. Or, dans le langage
théâtral, la toile de fond, cest le
décor où se déroule le jeune scénique. Le
décor qui entoure le dialogue. La pièce terminée,
le décor est vite démantelé, remisé,
jusquau prochain show. La prochaine élection se fera
ainsi : on jouera, une fois de plus, la pièce du «bon
gouvernement» quon doit garder, avec comme toile de fond,
un horizon 2005, un siège aux Nations-Unis, un éventuel
référendum, à condition de trouver les
conditions gagnantes. Or, tout citoyen le moindrement averti, sait
très bien que tout cela est tellement du monde du rêve
et des chimères, quil est impossible dy croire vraiment.
Dans un
article percutant publié dans le journal Le Devoir (10
juillet 2001), le journaliste Michel Venne affirme ceci : Le
premier ministre Landry affirme quil voterait OUI à
cette question (la question de Bruxelles, celle de Robert Bourassa)
qui, dit-il, est «à peu près la même
chose» que ce que le Parti québécois propose
aujourdhui, cest-à-dire la souveraineté
assortie dune offre de partenariat économique et
politique sinspirant notamment du modèle de lunion
européenne. M. Landry a reformulé cette position en
qualifiant ce partenariat dunion confédérale. En
fait, on le voit bien, le projet actuel du P.Q., est le même
que celui soumis au référendum de 1995, tracé
dans le même sillon, que la position constitutionnelle de
Robert Bourassa, qui avait fait les rires et les quolibets des
députés péquistes de lépoque,
siégeant à lAssemblée nationale.
Michel
Venne affirme cependant que Monsieur Bourassa avait fait, quelques
mois plus tard, une précision fort importante sur la fameuse
question de Bruxelles. En août 1992, poursuit le journaliste,
au congrès de son parti (celui où Mario Dumont et Jean
Allaire avaient claqué la porte pour fonder plus tard
lADQ), Monsieur Bourassa admettait que cette idée
dune nouvelle union à leuropéenne
était «à la mode» mais que pour être
applicable au Canada, elle devait dabord être
acceptée par Ottawa et les autres provinces. Monsieur Bourassa
envisageait une réforme de gré à gré avec
le reste du Canada, mais excluait que le Québec devienne
souverain sans union confédérale. Et, dans son esprit,
il nétait pas nécessaire de passer par la voie
référendaire pour y arriver.
En
dautres mots, Robert Bourassa disait, en 1992, ce que
jécrivais il y a un instant. Il pensait que cette
nouvelle entente était impossible avec le reste du Canada. Il
croyait surtout quil était impossible quelle se
fasse de gré à gré avec les deux parties et
donc, quil se refusait de passer par la voie dun
référendum sur lindépendance pour
latteindre. Bourassa pensait aussi quen offrant de tels
changements au Canada, celui-ci devrait avoir lui aussi, un mandat de
sa population pour les négocier. Finaud comme il était,
il devait bien se douter quun NON massif viendrait vite du
reste du Canada et que solution, même formulée en termes
aussi précis, ne trouverait jamais preneurs.
Et
pourtant, cest pourtant cette voie jugée impossible par
Bourassa que choisit le Parti québécois, en utilisant
la voie référendaire de 1995, en faisant accroire aux
Québécois quils votaient sur une entente de
gré à gré avec le reste du Canada, mais qui
cachait éventuellement, en cas déchec, une
déclaration unilatérale de lindépendance
du Québec.
Bourassa,
quoiquon en dise, ne se serait pas permis de passer par une
telle astuce. Jai toujours dénoncé cette
façon de faire du P.Q. et je le dénonce encore. On ne
libère pas un peuple dans la brume.
Voilà
où nous en sommes. Le P.Q. sera-t-il réélu ? Je
nen sais rien. Les sondages disent OUI. Quoiquil arrive,
si cela arrivait, je vous prédis que le Québec ne sera
jamais souverain avant 2005 et quil ne sera pas
nécessaire de lui fabriquer un fauteuil aux Nations Unies. Les
Nations Unies naccepteront jamais pays potentiel qui veut
garder une patte hors du pays actuel, une autre dans celui quil
veut quitter.
Le Parti
québécois se fait élire depuis toujours en
manipulant et en trompant la population. Il nest pas
indépendantiste : il est confédéraliste. Je
crois vous lavoir formellement démontré.
Je ne
crois plus que le Parti québécois fera un jour du
Québec un pays souverain. Le pays naîtra autrement,
sil doit naître. Les politiciens ne peuvent
réaliser une si belle chose : cela est trop grand pour leurs
petites épaules mesquines, leurs privilèges
calculés !
La
liberté vit au grand large. Les espaces trop restreints
létouffe. Je reprends ma liberté en
maffranchissant dun parti qui na comme but que le
pouvoir. Vous pouvez bien le lui laisser. Il continuera de faire ce
quil en a toujours fait : en profiter!
13 mars 2003
|