Quelquefois il est difficile de séparer la frontière entre le vivant et le non vivant. Par exemple, un incendie peut-il être considéré comme étant vivant ? En effet, un incendie naît, croît et meurt, métabolise (consomme de l'oxygène et produit du gaz carbonique et des déchets), se reproduit par des étincelles, réagit aux conditions environnementales (un vent l'attise, une pluie le limite), etc. Il en est de même pour les virus et les prions qui sont à la limite de la frontière de la vie.
Pour que nous puissions considérer "quelque chose" comme étant vivant, certaines conditions doivent être satisfaites. Tout être vivant doit posséder l'ensemble des caractéristiques qui suivent :
FIGURE REPRÉSENTANT UNE SCHÉMATISATION D'UN ÊTRE VIVANT DANS SON MILIEU.
1. Frontière : Tout être vivant est délimité des conditions environnementales par une frontière qui peut être appelée, selon le niveau auquel on fait référence, membrane, paroi, peau, (noter que les sociétés humaines sentent le besoin elles aussi de se délimiter par une frontière afin de préserver certaines caractéristiques comme la langue, la culture, etc). Cette frontière délimite une individualité et définit un milieu intérieur où les conditions physico-chimiques et autres seront différentes de celles du milieu extérieur.
Cette frontière n'est pas étanche. En effet, elle doit permettre les échanges c'est-à-dire l'entrée de certaines substances indispensables et la sortie d'autres dont l'organisme n'a plus besoin. Tout être vivant devra, s'il veut survivre, réussir à faire en sorte que les conditions de son milieu intérieur ne fluctuent pas trop malgré les variations toujours présentes du milieu dans lequel il se trouve, sinon la mort risque de survenir.
Notons aussi, que si les êtres vivants se rencontrent dans
un milieu précis, ils peuvent servir eux-mêmes de milieu de
vie à certains organismes qui eux-mêmes en servent à
d'autres. Ainsi, l'intestin d'un mammifère peut être le milieu
de vie de certains vers parasites et leur fourrure offrir confort à
des puces. Ces dernières peuvent à leur tour abriter des
bactéries.
2. Organisation : L'organisation biologique repose sur une hiérarchie de niveaux structuraux, chacun s'édifiant à partit d'un niveau inférieur. Ainsi, la matière de l'univers est organisée en une longue chaîne de complexité croissante. Cette chaîne débute avec les particules élémentaires, se poursuit par les atomes, les molécules, les cellules et les organismes individuels, et, finalement s'étend aux groupements complexes d'organismes dans leur milieu. Chaque niveau fournit les éléments de construction à partir desquels se forme le niveau suivant.
Figure illustrant les niveaux d'organisation de la matière.
Remarques sur la figure
À chaque niveau d'organisation appararaissent de nouvelles
propriétés qui n'existaient pas au niveau précédent.
Cette caractéristique est appelée
émergence.
Elle résulte des interactions entre les composantes. Par exemple
prenons une molécule d'eau. Celle-ci est formée d'un atome
d'oxygène et de deux atomes d'hydrogène. Ces atomes sont
des gaz à la température de la pièce tandis que la
molécule d'eau est liquide. Il en est de même pour la molécule
de sel (NACL) formée par deux atomes très toxiques lorsque
pris séparément alors que leur relation dans la molécule
de sel donne une substance non toxique et indispensable aux organismes
vivants. De même qu'on ne peut pas prévoir les caractéristiques
d'une cellule en l'abordant uniquement par le niveau moléculaire
: une cellule est plus qu'un ensemble de molécules. Il en est ainsi
pour un être pluricellulaire qui est plus qu'un assemblage de cellules
: de nouvelles propriétés émergeront. Ainsi la vie
apparaît alors comme une propriété nouvelle émergeant
de l'interaction de nombreuses molécules et la pensée comme
une propriété résultant du très grand nombre
de relations qu'entretiennent entre elles un certain type de cellules appelées
neurones.
3. Besoins à satisfaire : Pour se maintenir
en vie, tout être vivant doit absolument satisfaire ses besoins en
énergie et en éléments. On appelle métabolisme
l'ensemble des réactions chimiques qui transforment
la matière et l'énergie
afin de pourvoir aux besoins vitaux du vivant. Ainsi, la matière
et l'énergie contenues dans la nourriture qui entre, seront transformées,
dégradées, réutilisées par des centaines de
réactions chimiques. Il en résultera de l'énergie
sous une forme utilisable disponible pour les besoins (activités,
reproduction, adaptation, synthèses, etc.) et pour la croissance
en rendant possible l'augmentation de la masse corporelle (biomasse) avec,
immanquablement production de déchets qui devront être évacués
afin de ne pas intoxiquer l'organisme.
4. Croissance : Tout être vivant "entre
dans la vie" par une naissance résultat de la reproduction. Puis
il entreprend une croissance et un développement et finalement,
généralement après s'être reproduit une ou plusieurs
fois, meurt. La durée de la vie et de la croissance varie beaucoup
selon les organismes vivants: certains ne vivent que quelques jours,
d'autres des années, d'autres encore des centaines et même
des milliers d'années. Plusieurs passent par différents stades
de développement (stades larvaires chez les insectes) suivis de
métamorphoses ou de mues, avant d'atteindre l'âge de se reproduire.
La croissance résulte de la transformation et de l'accumulation
de la nourriture ingérée et absorbée; une partie de
cette nourriture s'incorporant aux tissus pour faire augmenter la masse
corporelle (voir biomasse, productivité
et rendements).
5. Reproduction : Se reproduire
signifie produire des exemplaires identiques. Comme la mort est inéluctable,
il est donc nécessaire que tout être vivant produise des copies
de lui-même pour que l'espèce à laquelle il appartient
puisse se maintenir dans le temps. Cependant, il est bon de noter que contrairement
à une photocopieuse où chaque copie est identique, les exemplaires
résultant de la reproduction d'un être vivant ne sont pas
complètement identiques (reproductionsexuée)
: chacun d'entre eux diffère quelque peu des autres comme on peut
facilement s'en rendre compte en regardant par exemple les personnes assistant
à un spectacle ou encore les chatons d'une portée. Chaque
idividu a un petit quelque chose qui lui est propre.
6. Réaction : Les êtres vivants
répondent ou réagissent plus ou moins rapidement à
des variations des facteurs environnementaux. Ces réponses face
aux stimuli de l'environnement peuvent être très variées
d'autant plus sophistiquées que l'organisme est complexe. La plupart
des animaux réagissent rapidement aux changements en accomplissant
certains mouvements : ils explorent, ils fuient, ils se roulent en boule,
ils se cachent, etc. Les plantes réagissent plus lentement : les
tiges et les feuilles se courbent vers la lumière, les racines poussent
vers le bas, les fleurs peuvent se fermer ou s'ouvrir selon la présence
ou l'absence de lumière, etc.
7. Évolution et adaptation : Les organismes
actuels sont tous apparus par évolution, c'est-à-dire qu'ils
sont les descendants modifiés de formes de vie plus anciennes. L'évolution
s'y prend de telle façon que les organismes et leurs composantes
sont bien adaptés à leur mode de vie. Un simple examen de
la forme et de la structure des poissons, des insectes, des mammifères,
par exemple, permet de déterminer approximativement leur mode de
vie. Cela est très évident chez les oiseaux si on compare
leurs becs et leurs pattes qui se sont modifiés selon leur régime
alimentaire et leurs habitudes de vie. L'adaptation
des organismes à leur environnement
est un résultat de l'évolution.
8. Diversité :Le monde vivant est fascinant par la diversité des êtres vivants qui le compose. Il ne s'agit par exemple, pour s'en rendre compte, que de se promener dans les terres au sud de Rimouski. Une foule de paysages différents défileront devant nous : des montagnes enveloppées d'épinettes, de petites collines où poussent des érables, un lac avec ses plantes aquatiques, un petit ruisseau à fort courant, un champ cultivé, un champ couvert d'aulnes et de cornoullers, une tourbière, une trouée dans une sapinière causée par un incendie, etc.
Il est facile de s'apercevoir que les êtres vivants qui peuplent cette variété de paysages ne sont pas les mêmes et sont souvent fort différents par leur grosseur, leur forme, leur couleur, leur habitude de vie, etc. Certains sont facilement observables (les arbres par exemple), d'autres demandent plus d'attention comme les oiseaux et certains mammifères. D'autres encore exigeront pour être vus une loupe ou un microscope.
Si nous faisions la même promenade, mais cette fois-ci dans une autre région ou un autre pays, beaucoup de paysages seront semblables (des montagnes, des collines, des lacs, des champs cultivés, etc.), mais ce ne serait plus les mêmes sortes d'êtres vivants que nous y observerions; il serait très surprenant de rencontrer des ours noirs et des érables dans une forêt du Brésil. C'est ainsi que, peu importe où on se trouve sur la terre, tous les milieux sont peuplés par une foule d'espèces d'êtres vivants, ceux-ci différant selon l'endroit où on se trouve.
Une des propriétés fondamentales de la vie est donc sa diversité. C'est vrai aujourd'hui, cela a aussi été vrai dans le passé (grande diversité des fossiles retrouvés).
Le tableau qui suit présente un aperçu
de la diversité actuelle :
| Groupes taxonomiques | Nombre approximatif
d'espèces |
Nombre potentiel
d'espèces |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Remarques sur le tableau
9. Autonomie : L'autonomie est une caractéristique
fondamentale du vivant. Ce terme signifie de façon générale
une liberté de pouvoir : par exemple, pour un pays, de se gouverner
par ses propres lois, et pour un individu, de disposer librement de soi.
C'est ainsi que les Amérindiens réclament l'autonomie gouvernementale
et qu'un des grands objectifs des cégeps est de rendre l'élève
autonome dans ses apprentissages, de même, un adolecent ou une adolescente
veulent devenir autonomes par rapport à leurs parents.
Autrement dit, un système autonome sait "quoi faire, quand le faire, où le faire et comment le faire", il trouve à l'intérieur les instructions et les mécanismes nécessaires à son fonctionnement sans recourir à l'extérieur. C'est ainsi qu'un ordinateur ne peut pas (à l'heure actuelle) être autonome car ses instructions (son programme) lui viennent de l'extérieur (il est incapable de se régénérer, se réparer, se reproduire, bien qu'il puisse effectuer des opérations intellectuelles surhumaines). Les êtres vivants, au contraire des ordinateurs, ont tout ce qu'il faut pour être capables de se conduire eux-mêmes. Cette autonomie s'exprime par ses capacités d'auto-conservation, d'auto-régulation et d'auto-reproduction.
Afin de bien saisir ce qu'est l'autonomie il nous faut décrire
trois concepts importants qui la définissent : ceux d'homéostasie,
d'information et de communication.
Pour terminer, nous pouvons tenter une définition de ce
qu'est un être vivant. Un être vivant est un système
constitué d'éléments mis en ordre grâce à
l'information génétique, doté d'une série d'appareils
qui assurent son autonomie et doté de la capacité de se reproduire.
Il existe que pour être c'est-à-dire maintenir son information-structure,
de la molécule à l'organisme entier, par niveaux d'organisation.