Tel que consigné dans le Mémoires de 1652 ou MS-1652, le père jésuite Isaac Jogues donne déjà à René Goupil le titre de martyr particulièrement parce qu’il a été tué pour les prières et nommément pour la sainte Croix.
René Goupil, le signe de croix, 1642
Marie-France André-Daem, 1993 Archives jésuites ASJCF, St-Jérôme (Canada) - Avec permission |
Il était dans une Cabane où il faisait presque toujours des prières ; cela ne plaisait guère à un vieillard superstitieux qui y était. Un jour voyant un petit enfant de 3 ou 4 ans de la cabane, par un excès de dévotion et d’amour à la Croix et par une simplicité — que nous autres qui sommes plus prudents selon la chair que lui, n’eussions pas faite — ôta son bonnet et le mit sur la tête de cet enfant. Il lui fit un grand signe de croix sur le corps. Ce vieillard voyant cela commande à un jeune homme de sa cabane qui devait partir pour la guerre de le tuer: ce qu’il exécuta comme nous avons dit. |
La mère même de l’enfant dans un voyage où je me trouvai avec elle, me dit que c’était à cause de ce signe de Croix qu’il avait été tué.
Et le vieillard qui avait fait le commandement, un jour qu’on m’appela dans sa cabane pour manger, comme je faisais le signe de la Croix devant, me dit : Voilà ce que nous haïssons, voilà pourquoi on a tué ton compagnon et pourquoi on te tuera. Nos voisins les Européans [Hollandais] ne font point cela.
Quelquefois aussi comme je priais à genoux durant la chasse, on me disait qu’on haïssait cet façon de faire pour lesquelles on avait tué l’autre Français, et que pour cette raison on me tuerait, quand je reviendrais dans le Bourg.
Tel est le témoignage d'Isaac Jogues, compagnon d'infortune de René Goupil.