Chaque fois qu'un enfant naît, c'est le monde qui recommence. Nos enfants sont le sang de notre sève. Ils sont les recrues continuelles du genre humain.
Parce qu'ils portent en eux la possibilité du meilleur, ils sont notre espérance.
Parce que leur innocence ressemble à celle que nous avons perdue, ils sont notre pureté.
Parce qu'ils sont la chair de notre chair et l'âme de notre âme, ils sont notre amour. Claudel disait : "Je n'ai jamais autant aimé les humains que depuis que je suis le père de l'un d'eux."
Parce qu'ils sont l'avenir et que nous savons tous les pièges qui guettent leurs pas, ils sont notre inquiétude.
Les enfants sont les princes de la vie. Ils sont le premier matin du monde. Ils ne sont jamais blasés. Ils s'émerveillent de tout. La vie pour eux, c'est une création et une récréation.
Les souvenirs d'enfance que je garde précieusement épinglés sur le mur gris de ma mémoire sont les refuges où va s'abriter mon âme quand elle fuit les orages de la vie... Ils sont mes arcs-en-ciel... Ils sont mes clairs de lune...
Plus tard, devenu père à mon tour, je me rappelle avec une purifiante nostalgie les instants privilégiés où, revenant de mon travail, la nuit, j'allais toujours, avant de me coucher, regarder dormir mes deux loupiots... C'était ma prière du soir...
Leur enfance m'a gardé enfant... Leur jeunesse m'a gardé jeune... Et je me dis que ça n'existe pas vieillir... ça n'existe pas mourir... quand on laisse derrière soi la vie recommançante.
La Presse, 26 juin 1993.