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SPALLIERE, s. f. (espalière, épaulière). Armure des épaules. Après la tête, les parties du corps les plus exposées et qu’il était essentiel de préserver, étaient les épaules. Tous les coups de taille dirigés sur le heaume et qui glissaient, tombaient sur les épaules et les fracassaient, surtout si les combattants se servaient de la masse, du marteau ou de la hache. On rembourra donc fortement les gambisons sous le haubert, depuis le cou, jusqu’aux arrière-bras. Mais cela ne suffisait pas; il fallait opposer à ces chocs un obstacle rigide et isolé. On adopta les ailettes. Ces ailettes étaient fort gênantes; difficilement maintenues à leur place normale, elles tournaient pendant le combat, soit vers le dos, soit sur la poitrine. On renonça aux ailettes, et l’on posa sur le haubert, au droit des épaules, des demi-sphères d’acier maintenues par un crochet et une courroie sous l’aisselle. Ces premiers essais, qui datent de 1325 environ, ne paraissent pas avoir eu grand succès, car ils ne se présentent que rarement sur les monuments de cette époque.— Dans le domaine royal, on commença alors à armer les arrière-bras de plates articulées, avec petites spallières.

Ce n’est que vers 1350 que la spallière se dessine franchement (fig. 1). En A, la spallière est présentée vue de face; elle est fixée au surcot d’armes par une boucle en a sous-jacente, et par une courroie b sous l’aisselle; ainsi pouvait-elle suivre les mouvements du bras. Son bord supérieur mordait sur le camail posé sous le bacinet. Toutefois le défaut de l’épaule était fort mal préservé. On essaya donc, à la même époque, de river les spallières au surcot d’armes (fig. 2), de telle sorte que ces spallières faisaient partie du vêtement; puis on riva librement, au moyen de bouts de cuir, des lames de fer au bord de la spallière. Ces lames se recouvraient et pendaient mobiles, afin de laisser au bras son mouvement. Le défaut de l’épaule était ainsi mieux préservé; mais l’aisselle ne l’était point, et c’était toujours à l’aisselle que l’on adressait les coups d’estoc. On ajouta donc une rondelle et l’on articula les spallières (fig. 3). Cette spallière est composée de trois pièces, la dernière recouvrant le canon de l’arrière-bras. Elle est attachée par une boucle à l’épaule du surcot d’armes, et à la courroie B, rivée en b, on fixait la rondelle A, laquelle portait en dedans une petite boucle. Cette rondelle tombait ainsi flottante devant l’aisselle. Cet attirail n’était pas très préservatif, toutes ces pièces étant trop mobiles. Il faut observer le collier de fer doré que porte cet homme d’armes, sorte de tortil qui cachait l’encolure du surcot d’armes.

On tâtonnait toujours, et l’on passait d’un moyen à l’autre sans trouver l’armure convenable à cette partie du corps. Vers la fin du XIVe siècle, les broignes, les gros gambisons de peau piquée furent souvent adoptés, et alors, sur des arrière-bras très rembourrés, on posa, en guise de spallières, des cônes d’acier (fig. 4) Ces cônes D étaient fixés au moyen de deux courroies passées dans le haut de l’emmanchure du gambison et prenant une barrette fixée à l’intérieur du cône.

Mais à ce moment (vers 1400) l’armure de plates se complétait, et les spallières allaient devenir une des parties importantes de cette armure. Il était toujours difficile de fixer les spallières tant qu’elles étaient une pièce séparée ; mais du moment qu’elles participaient du harnois complet, elles devaient bientôt présenter une bonne défense. Cependant les difficultés étaient grandes, car il était essentiel de laisser aux épaules leur liberté. Le bras, pour combattre, devait se mouvoir dans tous les sens et par conséquent l’articulation de l’humérus ne devait pas être gênée.

Comme toujours, ce sont les formes simples qui sont adoptées les dernières.

La figure 5 présente des spallières d’un harnois de 1400. Elles se composent chacune de deux lames; celle supérieure recouvrant le colletin de la bavière, et celle inférieure le canon d’arrière-bras. Elles sont articulées et sont fixées sur les épaules du corselet par deux boucles. On voit que l’armurier a prétendu préserver l’aisselle, et relever le bord supérieur, afin de faire glisser le fer de la lance. Toutefois, pour laisser au bras la facilité de se porter en avant il fallait que ces spallières fussent "gaies", c’est-à-dire qu’elles laissassent un intervalle entre elles et le corselet. Elles ne pouvaient le joindre exactement ; dès lors le fer de lance ou la lame de l’épée pouvaient passer dans cet intervalle. Puis la spallière, n’étant maintenue que par une courroie de suspension et une courroie sous l’aisselle, pouvait se déplacer pendant l’action et devenir fort gênante.

La figure 6 montre cette spallière par derrière. Un coup de marteau d’armes à bec de faucon, s’il était appliqué à point, arrachait facilement la lame supérieure de cette spallière. Il fallait mieux joindre la racine du cou.

On fit donc un peu plus tard, vers 1420, des spallières, épousant la forme de l’épaule, avec garde supérieure pour détourner le coup de lance (fig. 7). Ces diverses tentatives ne parurent pas suffisamment préservatrices. Les pièces distinctes se séparaient sous les coups de masse. On chercha donc une forme de spallière d’un seul morceau de fer, couvrant en même temps l’épaule et l’arrière-bras.

&#Ces spallières, auxquelles on donna le nom d’épaules de mouton, s’attachaient (fig. 8) à la partie supérieure du plastron et sous l’aisselle au moyen de courroies. En A, cette spallière est présentée de face, et en B, par derrière. La jonction de la partie inférieure avec le garde-bras (cubitière) laissait encore un défaut dans lequel la pointe de la lame ou de l’épée pouvait passer; on fit donc recouvrir cette cubitière par la spallière (fig. 9). La volute de l’épaule de l’exemple précédent, et le cylindre de cette dernière spallière, étaient évidemment destinés à donner une grande résistance à cette partie de l’armure mais toutes ces tentatives ne donnaient pas de résultats très pratiques. Il y avait toujours une solution très apparente entre le corselet et la spallière, et par suite, chance de blessure grave. Le plastron de fer du dernier exemple est recouvert d’un ornement rivé qui avait pour effet — comme le treillis des manteaux d’armes plus tard — d’arrêter le fer de lance et de l’empêcher de glisser latéralement. Ce plastron est bordé au collet d’un feston de cuir et recouvre un gambison de peau piquée, protégeant le cou sous la salade. Déjà cependant on fabriquait des armures de plates dont les spallières faisaient corps avec le plastron mais ces défenses ne semblaient pas assez résistantes, et, comme nous le disions tout à l’heure, étaient facilement faussées par un bon coup de masse. Il semble donc que, pour ne laisser aucun défaut et présenter une puissante résistance aux chocs, on ait renoncé pendant un certain temps aux lourdes spallières de fer que nous venons de montrer et aux spallières plus légères, mais épousant mieux la forme de l’épaule, pour adopter les spallières construites comme l’étaient les brigantines, s’attachant sous le corselet à un gambison.

&#La figure 10 montre une de ces spallières très fortement rembourrée au droit de la tête de l’humérus, et terminée à sa partie inférieure par des lames d’acier sur une épaisse garniture de peau piquée. Alors ce n’était plus la spallière qui recouvrait le corselet, mais celui-ci qui recouvrait la spallière. Ce fut alors aussi qu’on fit des manches de brigantine avec gros bourrelet aux épaules; car la brigantine eut une grande vogue vers le milieu du XVe siècle.

La figure 11 donne une de ces manches de velours vert rivé sur des lames d’acier. En A, l’épaulette est montrée par derrière, et en B la cubitière est donnée du côté interne. On fit mieux à la place de l’épaulette rembourrée, on posa une véritable spallière fabriquée comme la brigantine et attachée avec des aiguillettes (fig. 12 ). En A, cette spallière est montrée par devant et en B par derrière.

Sous ces sortes de spallières on arma souvent les bras de plates.

&#Ce fut encore à cette époque que l’on essaya de grandes spallières d’acier se croisant sur le dos et rivées l’une à l’autre, afin d’éviter qu’elles ne se dérangeassent pendant le combat. Chacune de ces spallières était faite, soit d’un seul morceau, soit de plates articulées.

La figure 13 donne un exemple de ces sortes de spallières, en A par derrière, en B par devant. On observera que la spallière de droite n’est pas semblable à celle de gauche; celle de droite est, par devant, échancrée sous l’aisselle, pour loger le bois de la lance en arrêt sur le faucre celle de gauche couvre l’aisselle, et est articulée au-dessous de l’épaule pour permettre au bras de manœuvrer la targe sans faire mouvoir la plate couvrant l’épaule et masquant l’aisselle.

Le nombre de ces essais fait voir combien cette pièce de l’armure avait d’importance.

A dater de cette époque (1440 environ), toutes ces tentatives font place à un système général qui est adopté pour les spallières avec quelques variantes.

&#La belle statue de bronze de Richard Beauchamp, qui date de 1445 environ fournit un des meilleurs exemples des spallières perfectionnées de la seconde moitié du XVe siècle.

&#En A, la spallière de gauche (fig. 14) est montrée du côté antérieur, et en B, du côté postérieur. Par devant, cette spallière est d’une seule pièce avec garde prononcée à l’encolure et nerf saillant. L’aisselle est garantie. Cette pièce est rivée sur 3 plates qui couvrent parfaitement l’omoplate et la racine de l’encolure par-dessus la dossière. Ces trois plates articulées permettaient au bras de se relever au-dessus de l’horizontale ; alors la garde a s’appuyait en a'. Mais comme, dans ce mouvement, la plate inférieure baillait, c’est-à-dire laissait entre son bord supérieur et les plates du col un vide ; que ce bord, n’étant plus soutenu par les lames sous-jacentes, pouvait être facilement faussé par un choc, et alors empêcher le bras de s’abaisser, ce bord est solidifié par un nerf épais rivé b. Il est évident qu’une longue pratique de l’armure de plates avait seule pu commander ces précautions.

En C, la spallière de droite est figurée du côté antérieur, et en D, du côté postérieur. De même, une seule pièce e, mais fortement entaillée pour laisser passer le bois de la lance sous l’aisselle, couvre l’épaule par devant. Comme il est nécessaire de laisser au bras droit ses libres mouvement pour manier l’épée, cette pièce est échancrée au droit de la clavicule, laquelle est couverte par les trois plates supérieures f, qui protègent la partie postérieure. La plate supplémentaire g n’est pas mobile, et l’articulation n’existe qu’entre les trois plates supérieures. La troisième, par les raisons déduites ci-dessus, est renforcée d’une lame épaisse rivée sur son bord supérieur.

&#La figure 15 montre encore une paire de ces spallières, mais paraissent avoir été admises en Angleterre plutôt qu’en France. A cette époque cependant, l’armement des hommes de guerre des deux pays diffère de très peu. Cette spallière, montrée en A par devant et B par derrière se compose de sept lames ; celles a, b, c, d, se recouvrant de bas en haut, et celles a, e, f, g, de haut en bas. Donc la lame a recouvre ses voisines haute et basse. Cette lame a s’épanouit en éventail par derrière (voyez en a), afin de couvrir le défaut. Par devant est fixée une ailette ou garde d’aisselle h, qui couvre la jonction de la spallière avec le corselet. Ces spallières étaient attachées, au moyen d’une courroie et d’une boucle en i, à l’encolure du corselet, ou au moyen d’un arrêt saillant k à ressort, et par une autre courroie sous l’aisselle.

La garde ou ailette était à charnière, de manière à se plier comme un livre, lorsque le mouvement du bras l’exigeait, et, étant fixée au corselet d’une part, et à la spallière de l’autre, par deux petites courroies sous-jacentes, se dépliait en reprenant sa position normale. En étudiant les merveilleuses articulations des coléoptères, des scarabées et de certains crustacés, on trouve avec ces détails de l’armure de plate les analogies les plus frappantes. Il est difficile de croire que les armuriers du XVe siècle n’aient point été chercher dans l’observation de ces membres du règne animal des exemples pour leurs combinaisons. On est trop facilement disposé à admettre aujourd’hui que le moyen âge n’observait pas la nature. L’étude qu’il sut faire de la flore pour l’appliquer à l’ornementation, et de ces animaux d’un ordre inférieur pour la fabrication de ces armures de plates, ne paraît cependant pas douteuse ; et il serait très intéressant d’établir un parallèle entre les enveloppes articulées de ces insectes et crustacés et l’armure d’acier au moment où elle atteint son apogée.

Nous ne saurions passer sous silence les belles spallières des armures fabriquées outre-Rhin et si fort prisées en France à dater de 1450. Voici celles de l’armure dont nous avons parlé à plusieurs reprises dans divers articles du Dictionnaire. Les deux sont semblables, contrairement à l’usage généralement établi alors (fig. 16). Cette spallière est présentée en A du côté antérieur, et en B du côté postérieur. Elle se compose de quatre lames articulées qui couvrent le corselet depuis l’encolure jusqu’à l’épaule, d’une plate d’épaule a qui enveloppe par devant la tête de l’humérus, couvre partie de la mamelle, et par derrière a descend verticalement en façon d’éventail pour protéger la jonction de l’épaule avec l’omoplate. Trois lames articulées recouvrent le canon arrière-bras. Ces plates sont forgées avec le plus grand soin et les côtelures de la partie postérieure sont relevées au marteau avec une précision incomparable. Ces côtelures avaient pour effet de donner du roide à cette plate.


La dernière forme des spallières est celle appliquée, à la fin du XVe siècle, aux armures dites maximiliennes, et qui étaient portées en France, à cette époque, aussi bien que dans les contrées de l’Allemagne voisines du Rhin. La figure 17 donne en A une spallière de gauche, appartenant à ces armures, du côté antérieur, et en B, du côté postérieur. Une garde haute est destinée à éloigner la pointe de la lance de l’encolure et à bien couvrir celle-ci lorsque le bras est levé. Cette garde haute est rivée à une plate b côtelée sur l’épaule recouvrant par devant l’aisselle et la mamelle, et par derrière l’omoplate. A la suite de cette plate sont rivées quatre garnitures d’arrière-bras articulées, également côtelées. En C, est montrée la spallière de droite du côté antérieur, avec son échancrure au droit de l’aisselle pour laisser passer le bois de la lance.

En D, la rondelle flottante qui couvre ce défaut lorsque la lance n’est pas sur le faucre. Cette rondelle flottante se relève sur le bois de la lance en arrêt ; elle n’est suspendue que par une courroie.

Les fines côtelures de ces plates des armures maximiliennes donnaient beaucoup de résistance au métal et faisaient dévier les fers de lance.

On revint, au XVIe siècle, aux spallières simplement composées de plates articulées sur l’épaule. Mais alors le rôle de la cavalerie en bataille tendait à perdre de son importance.