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La jupe du haubert de mailles ou de la broigne, qui descendait jusqu'aux genoux, pouvant se relever quelque peu pendant le combat à cheval, on commença par ajouter au-dessus des genouillères des lames d'acier qui ne montaient guère qu'a 10 centimètres au-dessus de ces genouillères (fig.1) Ces embryons de cuissots étaient fixés sur les chausses de mailles à l'aide d'une courroie, et étaient rivés à la genouillère par deux rivets latéraux qui permettaient à ces lames cylindriques de se mouvoir.On ajouta bientôt à cette première pièce une ou deux autres pièces (fig. 2).
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II n'était pas nécessaire cependant, à partir du genou, de laisser de la mobilité à ces pièces puisque le fémur est rigide, On renonça donc, vers le milieu du XIVe siècle, à ces demi-cuissots articules, pour adopter une garniture d'une seule pièce, couvrant toute la partie externe de la cuisse et se bouclant par derrière sur les hauts-de-chausses de mailles (fig. 3) mais en laissant une pièce articulée entre la genouillère et le bas du cuissot, afin de masquer la jonction, lorsque la jambe était ployée. Ces sortes de cuissots se portaient alors avec les braconnières, qui pro1égeaient les hanches et le haut des cuisses, ainsi que le montre la figure 3. Ils étaient habituellement attachés à la ceinture par des attelles qui les empêchaient de peser sur les genoux (fig.3 bis). On fit plus : vers 1360 on porta des cuissots entièrement clos, composes de deux parties réunies par des charnières et des loqueteaux, Celle antérieure, qui montait jusqu'à l'aine, se réunissait à la genouillère par une plaque articulée ; celle postérieure était échancrée au-dessus du jarret.
La figure 4 présente un exemple de ces sortes de cuissots ; en A, du coté externe, et en B, du coté interne Le demi-cylindre de dessous, attaché au demi cylindre antérieur par deux charnières, a, se fermait par deux boutons à ressort et à œil, b, Une courroie rivée en c, au bord interne de la plate de dessus, passait sous celle de dessous, qu'elle embrassait, et se bouclait en d, Cependant, la partie e, du cuissot (voyez la section C), interne, portant sur la selle, n'était point une défense utile et empêchait le cavalier de sentir 1es flancs du cheval, Ces boutons à ressort étaient gênants, aussi bien que la plaque de rivure de la courroie, On se décida dès lors à laisser une partie non armée de plates de f en g, et les cuissots des bonnes armures de plates de la fin du XIVe siècle sont façonnés ainsi que l'indique la figure 5.
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En A, ce cuissot est présenté de face ; un nerf saillant règne sur l'axe et aboutit à un arrêt, a, destiné à empêcher le fer de lance de glisser jusqu'à l'aine, La pièce b est d'un autre morceau rivé latéralement au cuissot ; elle peut se mouvoir, afin, si le ventre est plié sur la cuisse, de ne point pénétrer dans l'aine. Une autre pièce articulée, g, cache le défaut entre le bas du cuissot antérieur et la genouillère. En B, ce cuissot est présenté du côté externe avec sa genouillère et sa garde. La plaque latérale postérieure, d, ne fait que couvrir le côté vu de la cuisse, l'homme étant à cheval. Elle est maintenue au demi-cylindre antérieur par deux fortes charnières et une boucle y est rivée qui reçoit la courroie, e. En C, la genouillère est montrée du coté interne, et en n, o sont présentées les têtes des rivets, grandeur de l'exécution. Ces cuissots se posaient sur des chausses de peau ou de mailles.
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Cette pièce, chef d'œuvre de forge et de modelé, est merveilleusement appropriée à l'usage et à la forme du membre. Cependant on laissait parfois flottante la plaque externe du cuissot, vers la fin du XIVe siècle, La statue de Philippe d'Artois, compte d'Eu, mort en 1337, porte des cuissots faits de cette façon (fig. 5 bis), La plate latérale externe, a, n'est maintenue au demi-cylindre antérieur que par deux courroies et est libre d'ailleurs ; deux autres courroies serrent le demi cylindre par-dessous, sur les chausses de mailles. La même disposition est observée dans l'armure de Jehan d'Artois, mort en 1384. |
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Mais de 1400 à 1450 on trouve une assez grande variété de ces cuissots, il en est (fig. 6) dont la partie antérieure est complètement composée de pièces articulées, bien que la plate latérale de recouvrement externe soit faite d'une seule pièce. Des attelles attachaient ces cuissots à la ceinture. D'autres sont faits en façon de canons, sans charnières ni courroies. Vers 1450, on voit des cuissots doublés d'une haute plaque d'acier cannelée en éventail, partant de la genouillère (fig.7).
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A la fin du XVe siècle, il arrive fréquemment que les cuissots n'ont plus de petite lame de recouvrement entre eux et la genouillère, et que les parties postérieures sont complètes, bouclées par deux courroies à la partie antérieure (fig. 8) Les armures dites maximiliennes, fort prisées à cette époque, sont dans ce cas. Les cannelures de ces cuissots ne permettaient guère l'adjonction de ces pièces recouvrantes. |
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Mais de la seconde moitié du XIVe siècle au milieu du XVe, on portait aussi des cuissots fabriqués comme les brigantines, c'est-à-dire composés de plaques d'acier intercalées entre une garniture de forte toile en double ou de peau et un parement de velours ou de grosse étoffe de soie. Ces sortes de cuissot étaient lacés ou bouclés latéralement, ou on les passait comme un caleçon, ils avaient de la souplesse dans la largeur, ce que les cuissots d'acier fermés ne pouvaient posséder, et étaient plus commodes pour monter à cheval. Les hommes d'armes, vers le commencement du XVe siècle, en portaient aussi, faits de peau et recouvres longitudinalement de cannelures d'acier rivées au moyen de bossettes (fig. 9). En A, est tracée la section des cannelures, moitié d'exécution. Les genouillères C sont posées sur une doublure B de peau qui recouvre la jonction des cuissots et les grèves également de peau. |
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Les Anglais paraissent avoir porté parfois de ces sortes de cuissots vers 1400. Si cet habillement garantissait bien l'homme d'armes des coups de taille, il était médiocre opposé aux coups de pointe, car ces bossettes au fond des cannelures arrêtaient le fer de la lance, et la pointe de l'épée pouvait se faire jour entre les lames de métal.
Vers la fin du XVe siècle, les cuissots articulés reparaissent et ne cessent d'être adoptés jusqu'au commencement du XVIIe siècle.
GENOUILLERE
, s. f. (genouiller). Pièce d'armure protégeant le genou. On voit apparaître les premières genouillères vers le milieu du XIIIe siècle, sur les chausses de mailles ou de peau qui ne préservaient pas suffisamment les articulations.
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Ces premières genouillères sont de diverses sortes. Les unes, montées sur un cuissot de peau, s'attachent à la ceinture, au moyen d'attelles (fig.1) ainsi qu'on le voit en A. Le cuissot est compose de quatre pièces de peau se recouvrant, afin de laisser plus de jeu au jarret ; sur ces pièces de peau est rivée une plate de fer épousant la forme du genou et montant assez haut pour que son extrémité vienne recouvrir un garde-cuisse de peau C, ainsi qu'on le voit en B. La partie supérieure des grèves G était prise sous la dernière bande de peau de la genouillère.
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D'autres genouillères sont rivées sur un garde cuisse de cuir (fig.2) qui est attaché par-devant à la ceinture. De plus, une courroie rivée aux deux cotés de la genouillère de fer serre celle-ci, étant bouclée sous le garde cuisse. Ces genouillères sont coniques et recouvraient quelque peu le sommet des grèves Mais, vers le milieu du XIIIe siècle, on portait aussi des genouillères directement sur les chausses de mailles ou de broigne. Ces genouillères (fig.3) sont montées sur peau et attachées simplement derrière la ployure du genou par une courroie bouclée. A la même époque, on voit aussi des genouillères en figure d'une demi-sphère, montées sur peau également, bouclées par derrière et joignant le haut des grèves (fig.4).
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Comme alors les armuriers n'avaient pas encore su combiner les plates à recouvrements articulés, c'était la peau qui cachait les jonctions entre les diverses pièces de fer.
En 1350 seulement, on voit apparaître les genouillères tenant aux grèves et aux cuissots au moyen de rivets ; encore, à cette époque, les exemples complets sont-ils rares et jusqu'à la fin du XIVe siècle y avait-il beaucoup de manières de fabriquer et de porter les genouillères. En voici qui appartiennent à la statue d'Ulrich, landgrave d'Alsace mort en 1344 (fig.5).
Ces genouillères de fer sont attachées au moyen d'une courroie sur une sorte de caleçon de peau piqué longitudinalement, terminé par un lambrequin. Les jambes sont habillées simplement de chausses de mailles.
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Les genouillères ainsi rapportées avaient l'inconvénient de fatiguer les jarrets lorsqu'on restait longtemps à cheval, et de mal préserver la partie externe des genoux, qui était naturellement la plus exposée quand on était en selle. On rendit donc les genouillères solidaires des cuissots par des rivets et on les munit du côté externe de gardes ou ailerons qui garantissaient les jarrets La difficulté était de laisser à la ployure de la jambe toute sa liberté. Sans présenter une solution de continuité entre les pièces. Lorsque les armures de plates commencèrent à être portées par les hommes d'armes, l'attention des armuriers semble s'être portée particulièrement sur l'habillement des jambes et des bras, et, dès la fin du XIVe siècle, on voit déjà des genouillères bien étudiées : celle que nous donnons ici (fig.6) date de cette époque. En A, elle est présentée du côté interne et en B, du côté externe. Les ailerons comme on le voit, sont très développés et garantissent bien latéralement le jarret. Le cuissot et la partie supérieure de la grève sont fixés à la genouillère par deux rivets latéraux qui permettent de plier le genou : les deux autres rivets attachaient les deux courroies qui serraient la genouillère sur le membre.
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Cette genouillère possède un appendice en pointe qui n'avait d'autre destination que d'empêcher les hommes de pied de saisir le cavalier par les jambes pour le désarçonner. La genouillère (fig.7) est de la même époque, mais plus délicatement travaillées En A, elle est montrée du côté externe, et en B, du coté interne. Le personnage auquel appartenait ce harnois de jambes avait les genoux quelque peu en dedans ; en termes vulgaires, il était "cagneux" : aussi la face interne de la genouillère est-elle entaillée Pour laisser la place nécessaire à la saillie latérale de l'articulation. On reconnaît d'ailleurs que les armures de plates, de 1400 à 1440, sont toujours faites pour les personnes qui les portaient, car elles présentent des particularités individuelles très finement observées et rendues. On prenait donc alors mesure d'une armure, comme aujourd'hui le tailleur prend mesure de l'habillement qu'on lui commande,
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Ces genouillères toutefois ne couvraient pas suffisamment les membres si l'on pliait fortement les genoux. Il pouvait y avoir alors solution de continuité en C (voyez la figure 6). On remédia bientôt à ce défaut en ajoutant une plate articulée entre le cuissot et la genouillère, et une ou deux entre celle-ci, le recouvrement des grèves ou les grèves elles-mêmes La jonction était ainsi parfaitement couverte et même renforcée.
Vers le milieu du XVe siècle, les ailerons des genouillères adoptèrent parfois des formes singulières, et, entre autres, celle que présente la figure 8 On cherchait alors à donner souvent aux armures de plates des formes aiguës ou coupantes, pour éviter les prises. Mais, sous ce rapport, les armures allemandes et anglaises dépassent les Françaises, dont les formes simples et bien adaptées au corps indiquent l'habitude de laisser à l'homme d'armes la plus grande liberté de mouvement possible.
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On avait aussi adopté, au milieu du XVe siècle, les rondelles en guise d'ailerons, et ces rondelles sont fixées au moyen d'une bielle passant dans la courroie (fig.9), mais ce sont la des exceptions. Les ailerons des genouillères, de 1440 a 1470, sont habituellement coupes, ainsi que l'indique la figure 10 et légèrement ouverts pour donner la place du mollet et de la cuisse, lorsque le genou est ployé. |