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Grèves, s. f Habillement des jambes, des genoux aux solerets. Les chausses de mailles adoptées pendant le XIIe siècle et le commencement du XIIIe préservant incomplètement les tibias, on les doubla, vers le milieu du XIIIe siècle, de plates de fer, bouclées derrière les mollets. Ces plates apparurent en même temps que les premières genouillères (fig.1). Ces grèves, attachées à l'aide de trois courroies, passaient sous la genouillère conique et s'arrêtaient au-dessus du coup cou-de-pied, recouvert aussi par une lame de fer.

En même temps, dans l'Italie septentrionale, la Provence et le Languedoc, on suppléait aux chausses de mailles par des jambières de peau piquée avec genouillères d'acier (fig.2). La genouillère était garnie d'un bord, également de peau piquée, qui recouvrait ces sorte de jambières lacées sur le côté. Mais cet habillement des jambes fut peu usité en France.

En pliant la jambe armée de grèves conformes à celles représentées figure 1, il pouvait y avoir solution de continuité entre la genouillère et la grève ; aussi on ajouta une plate intermédiaire entre ces deux parties, plate qui était articulée avec la genouillère par deux rivets latéraux (fig.3). Alors on se préoccupait fort de donner aux pièces de fer ajoutées à l'armure de mailles des formes qui pussent ne point gêner les mouvements.

L'habillement de mailles avait cet avantage d'être très souple, quoique très lourd. Les hommes d'armes qui avaient pris l'habitude de ce harnois devaient difficilement se soumettre à la gêne qu'imposaient des plates de fer ajoutées à ce vêtement. Aussi les laissait-on aussi indépendantes que possible dans l'origine. Mais cette indépendance des plates avait de sérieux inconvénients puisque, sur bien des points, la maille restait à découvert. Tous les cavaliers savent combien une chaussure gênante fatigue à la longue et paralyse les jambes, dont la liberté est si nécessaire pour bien diriger la monture et se tenir bien en selle. En préservant par des plates la partie antérieure des jambes, depuis la cuisse jusqu'au cou-de-pied, et ne laissant entre ces plates aucun intervalle, on apporta donc un soin particulier à éviter toute fatigue pour le membre. Les grèves, déjà réunies aux genouillères et aux cuissots du commencement du XIVe siècle, avec pièces articulées intermédiaires, sont forgées avec une très délicate observation de la disposition et du jeux des muscles de la jambe. Ces armuriers n'avaient certainement pas étudié l'anatomie, mais ils observaient et fabriquaient leurs plates conformément à ces observations. L'exemple que nous donne la figure 3 l'indique suffisamment. Il n'est pas jusqu'aux courroies qui ne soient exactement posées de manière à faciliter le jeu des muscles, au lieu de le gêner.

Les Grecs avaient un habillement de jambes (les cnémides) fait de cuivre mince et qui enveloppait le tibia, montait jusqu'au genou et descendait jusqu'au cou-de-pied en recouvrant en partie le mollet. Ouvert par derrière, cette sorte de jambière se mettait comme on met des chausses, l'élasticité du métal permettant l'introduction du pied.

Cet habillement des jambes était usité chez les populations gallo-italiques, ainsi que le montre la figure 4, Ces cnémides sont faites de cuivre très mince et étaient doublées de peau ou d'étoffe retenue à l'aide de fils passant par tes trous apparents sur les bords. On adopte en France, pendant les premières années du XIVe siècle, des grèves disposées à peu près de la même façon, mais surmontées de genouillères avec plates de recouvrement (fig.5). Ces grèves devaient être assez élastiques pour permettre d'y introduire le pied car leurs bords se rapprochent sensiblement au-dessus de la cheville. Celle-ci est couverte par le fer, ce qui n'a pas lieu dans les exemples précédents. Une courroie faisant sous-pied empêche le vacillement du bas des grèves, qui ne sont maintenues à la jambe que par une courroie bouclée au jarret. Les genouillères n'ont pas d'ailerons et étaient recouvertes par la cotte d'armes.

On songea bientôt à préserver aussi le mollet par une plate de fer. Les grèves alors furent faites de deux pièces avec charnières et loqueteaux (fig.6). C'est une bande de peau qui couvre la jonction des grèves avec la genouillère.

La grève, ainsi qu'on le voit en A, est indépendante du soleret et couvre les chevilles ; la courroie de l'éperon cachait cette suture.

On fit alors - c'est-à-dire de 1350 à 1400 - des essais de toutes sortes pour munir efficacement les jambes sans gêner les mouvements ; mais les armuriers n'acquirent une grande habileté que lorsqu'on se décida à remplacer la maille, les broignes et corselets rembourrés par l'armure de plates complète ; or, ces premières armures sont des chefs-d'œuvre d'élégance et de souplesse.

La figure 7 donne les grèves de l'admirable armure de 1430 environ, qui faisait partie du musée de Pierrefonds.

En A, la genouillère est présentée du côté externe avec ses grands ailerons, tandis que la grève B est présentée du côté interne.

La genouillère, avec ses plates articulées doubles, est attachée au cuissot par des goujons à tourniquet, a. Un goujon-tourniquet b retient aussi la plate supérieure de doublure à la grève proprement dite. Celle-ci s'ouvre en deux parties par des charnières externes, et se ferme par des boutons à ressort.

La plate antérieure de la grève et celle postérieure descende jusqu'à la semelle (voyez en C), mais laissent deux arcades ouvertes pour le jeu du talon et le jeu du cou-de-pied. Rien n'égale la finesse de lignes de cet habillement de jambes, fait évidement sur mesure.

Un peu plus tard, vers 1450, on portait des grèves avec deux plates de doublures sous la genouillère(fig.8). On remarquera ici la disposition des ailerons de la genouillère, lesquels sont rivés à l'extrémité externe de cette défense. Ver la fin du XVe siècle, sous le règne de Louis XII et le commencement du règne de François Ier, au commencement du XVIe siècle, les hommes d'armes portaient des grèves de deux pièces seulement (fig.9). A la pièce antérieure était articulé le soleret, terminé par un bout carré large, légèrement arrondi.

Pour que le talon pût se mouvoir en abaissant le pied, la pièce postérieure se terminait par une talonnière très ouverte (voyez en a). Ces deux plates, munie de deux charnières, se fermaient au moyen de deux boutons à ressort du côté interne de la jambe.





Soleret, s. m. (pédieux). C'est par ce mot qu'on désigne la chaussure armée de plates pendant le XVe siècle. Mais, dès le XIIIe siècle, on posa sur la maille des bas-de-chausses des pièces de fer qui protégeaient le cou-de-pied. Ces appendices, indépendantes des grèves que l'on commençait à adopter vers 1270, s'attachaient par des courroies sous le pied. C'est là l'origine des solerets, c'est-à-dire des chaussures de fer.

La figure 1 donne une de ces plates préservatrices, dont le bord supérieur recouvrait l'extrémité inférieure des grèves, afin de laisser au cou-de-pied la liberté de ses mouvements. Ces premiers solerets ne dépassaient pas la racine des doigts de pied, ceux-ci n'étant préservés que par la maille des bas-de-chausses. Mais ces garnitures du cou-de-pied devaient être gênantes pour marcher ; on en vint donc bientôt à les articuler et à les terminer par une enveloppe des doigts de pied. Ces plates étaient fixées à un soulier de peau, et les courroies des éperons masquaient la jonction des solerets avec les grèves (fig.2)

Pendant toute la première moitié du XIVe siècle, les solerets ne sont pas complets ; les armuriers n'étaient point encore parvenus à articuler les plates avec précision et souplesse. Ce n'est que pendant la seconde moitié de ce siècle que des perfectionnements réels sont apportés dans la fabrication des solerets.

La figure 3 donne en A un soleret entièrement de fer, articulé du cou-de-pied à la racine des doigts de pied, au moyen de six plates de recouvrant comme des tuiles dans le sans de la pente. Les grèves sont indépendantes et recouvrent les solerets, et c'est la courroie des éperons qui renforce la jonction.

Cette même figure présente en B un soleret mixte. Les lames articulées revêtent un soulier de peau. Le quartier haut ne possède qu'une talonnière assez peu développée pour ne pas gêner le mouvement du talon. L'éperon recouvrait la jonction des lames articulées avec le cuir.

Les hommes d'armes avaient évidemment été parfois victimes de la mauvaise disposition des plates de solerets se recouvrant ainsi que l'indiquent l'exemple A et le tracé a. Le fer de lance ou l'épée venant frapper le soleret suivant la direction cd, pénétrait entre les lames et pouvait blesser très grièvement. Aussi, vers la fin du XIVe siècle, on adopta, pour les solerets, le mode de recouvrement indiqué en b. Les lames inférieures se recouvraient de bas en haut ; seul les lames du haut du cou-de-pied se recouvraient en tuiles, et dès lors la pointe mince ou aiguë d'une arme ne pouvait pénétrer entre les plates.

Ce dernier soleret B est une mode italienne, mais qui fut souvent adoptée en France à la fin du XIVe siècle, les deux pays ayant à cette époque de fréquentes relations.

Du reste, les essais étaient nombreux alors ; on tenta de fabriquer des solerets au moyen d'écailles ou de tuiles de fer (fig.4) ; comme on faisait des plastrons, des dossières, des flancars, et même des chausses, à l'aide de ce procédé.

Le harnois blanc, l'habillement de plates, était alors un vêtement de guerre si dispendieux, qu'on essayait de tous les moyens pour diminuer la difficulté de cette fabrication.

Ces tentatives ne paraissent guère, toutefois, avoir dépassé les premières années du XVe siècle, et l'on en vint enfin à adopter les solerets qui se lient au harnois de jambes (voyez GREVES, fig.7 et fig.8).

Les solerets à poulaine eurent la vogue du commencement du XVe siècle à 1440 environ. Si l'homme d'armes voulait marcher, les longues poulaines pouvaient s'enlever facilement.

Cet appendice n'avait d'autre avantage que de maintenir parfaitement le pied dans l'étrier. Le poids et la courbure de la poulaine formaient crochet antérieur, qui empêchait la semelle de glisser en cas de choc violent et de quitter l'étrier.

La figure 5 montre un de ces beaux solerets de 1430 à 1440. Les grèves descendent jusqu'à la semelle et maintiennent le soleret, qui est indépendant, au moyen du bouton à ressort a. Ainsi le pied peut manœuvrer dans tous les sens et le talon atteint sa ligne d'inclinaison extrême. L'éperon est vissé habituellement à la talonnière. Les plates d'extrémité se recouvrent de bas en haut comme il vient d'être dit, et l'on voit en b le bouton tournant qui reçoit la poulaine A.

Il est bien évident que la première opération, en descendant de cheval, était de faire enlever les poulaines par l'écuyer, car il eût été impossible de marcher avec ces appendices, sorte d'ergots renversés, au bout des pieds.

A ces poulaines, utiles peut-être pour maintenir le pied dans l'étrier, mais si gênantes, on vit succéder, à la fin du XVe siècle les solerets à large extrémité, qui avaient encore cet avantage d'empêcher le pied de glisser sur la grille de l'étrier - laquelle était alors rembourrée - et qui n'empêchait pas de marcher. Ces solerets, ou pieds d'ours (fig.6) furent utilisés jusque vers la fin du règne de François Ier. Les plus anciens, qui datent du règne de Charles VIII et de Louis XII, sont articulés au moyen d'un très grand nombre de lames, ainsi que le montre notre figure, et sont exécutés avec une grande perfection. Il est des solerets, à la même époque, qui sont adhérentes aux grèves (voyez GERVES, fig.9) .