Translate this page!



Gantelet, s. m. (miton, gagne-pain, main de fer). Les gants de peau paraissent avoir été employés dès l'époque carlovingienne avec l'habillement de guerre. Mais nous n'avons à nous occuper ici que du gant armé.

La main, ce merveilleux instrument de combat, ne pouvait rester découverte alors que le corps était armé. Il fallait la préserver mieux encore que tout autre membre, puisqu'elle est le moyen de combattre.

Les premiers gantelets armés tiennent au vêtement de mailles et ne sont qu'un prolongement en forme de sac, de la manche. Le pouce seul est détaché. Sous le gantelet du haubert, l'homme d'armes portait des gants de peau pour que les mailles ne pussent froisser la main. C'est donc avec le grand haubert que cette défense de la main apparaît, c'est-à-dire vers le milieu du XIIe siècle. Pour avoir la main nue, l'homme d'armes était obligé d'ôter son haubert de mailles. Cette disposition fixe du gant étant gênante en bien des circonstances, d'autant que les quatre doigts étaient enfermer dans une même poche, on fit, vers le milieu du XIIIe siècle, une fente au poignet de mailles pour pouvoir sortir la main. Alors le gant, fait de peau pour le dedans de la main et de maille pour le dos, pendait au bras (fig.1), ainsi qu'on peut le voir sur un grand nombre de statues tombales de cette époque.

Les maillons préservant assez faiblement les doigts et surtouts le dos de la main exposé au choc on fit parfois, vers la fin du XIIIe siècle, les gantelets de cuir de daim ou de cerf, avec rondelle de fer cousue sur le dos de la main et sur l'articulation du pouce (fig.2). C'était le moment où l'on commençait à fixer quelques plates sur la maille : ailettes, arrière-bras, cubitières, genouillères, etc...

Ces gantelets de peau étaient indépendants de la manche du haubert ou de las broigne, et leur garde recouvrait celle-ci. On portait néanmoins alors des gantelets de mailles indépendants, boutonnés au poignet, sous la manche du gambison et du haubert.

Vers 1280, les hommes d'armes portent parfois des gantelets à grandes gardes maillées sur cuir et à main de peau, ou bien des gants de peau courts avec les manches de mailles ; puis par-dessus des gardes d'avant-bras de cuir indépendantes (fig.3). Ces gardes couvraient le dessus du bras, le poignet, le dos de la main et s'attachaient au moyen de trois courroies ou de boutons : une courroie au-dessus du pouce, A ; la seconde, B, au-dessous du poignet, et la troisième, C, au-dessous du coude. En D, on voit comment cette garde protégeait le dos de la main. Ou encore de gros gantelets de peau de cerf avec gardes, couvrant presque entièrement les avant-bras (fig.4).

Ces exemples font assez voir combien on se préoccupait, vers la fin du XIIIe siècle et le commencement du XIVe de préserver la main du combattant. L'emploi, fréquent alors, des haches et des masses d'armes, avec l'épée pour combattre à cheval dans une mêlée, provoquait des moyens préservatifs négligés jusqu'alors. Mais en armant la main, il fallait lui laisser sa liberté de mouvement, le problème était donc difficile à résoudre, et, pendant le cours du XIVe siècle on ne cessa de chercher à perfectionner le gantelet d'armes. Beaucoup de tentatives furent faites ; nos ne pourrions les donner toutes, il nous suffira d'indiquer celles qui devaient aboutir à d'excellent gantelet d'armes de la première moitié du XVe siècle.

La partie la plus exposée de la main droite, qui combat, ce sont <les crêtes palmaires dorsales> ; on cherchera donc à donner à la plate préservatrice du dos de la main un bourrelet assez prononcé pour couvrir ces crêtes palmaires sans gêner le mouvement des doigts. Mais il ne fallait pas que cette plate dorsale entravât la flexion du poignet ; on composa donc le gantelet de cette façon (fig.5)Une plate de fer, portant manchette saillante ouverte par-dessous, enveloppa complètement le dos de la main et le premier os du <métacarpe>, et recouvrit les crêtes palmaires, ainsi que les <gouttières interosseuses> (voyez en A).

Quant aux doigt ils furent préservés au moyen de petites plates en forme de tuiles creuses se recouvrant et rivées latéralement à la peau du gant pour permettre le jeu des doigts. Cette couverture externe des doigts ne tenait pas à la grande plate dorsale et était simplement fixée au gant de peau, lequel (voyez en B) se boutonnait ou se bouclait au poignet. Il en était de même pour la couverture dorsale, elle était fixée par des rivets au gant. L'ouverture sous le poignet permettait d'entrer la main dans le gant en passant obliquement les quatre doigts d'abord et le pouce ensuite. L'évasement de la manchette laissait toute liberté aux mouvements du poignet. Mais ces gantelets, qu'on voit adoptés de 1320 à 1350 avaient plus d'un défaut. Les couvertures des doigts n'étant pas rivées à la défense des crêtes palmaires, mais seulement au gant de peau, il y avait toujours, lorsque la main était fermée, un intervalle dans lequel s'introduisait la pointe de l'épée.

On tenta donc de parer à ces inconvénients, soit en renonçant à la couverture d'une pièce et en la remplaçant par des plates à recouvrement (voyez en C) qui avaient de la flexibilité parce qu'elles étaient seulement rivées au gant de peau ; soit en suppléant les manchettes évasées par des manchettes faites de petites plates serrées sur la broigne ; soit en composant ces manchettes en manière de garde-bras articulée au poignet et bouclés (voyer en D).

En outre, dans ces deux exemples, un autre progrès est obtenu ; les articulations entre la première et la deuxième phalange des quatre doigts sont couvertes chacune par une plate, et les autres plates partant de celle-ci se recouvrent en sens inverse, vers les crêtes palmaires et vers les bouts des doigts. Ces pièces toutefois, étant rivées au gant de peau et non entre elles, il restait toujours un défaut entre les crêtes palmaires et la naissance des doigts.

Il en est des gantelets comme de la plupart des pièces d'armures défensives, les Allemands et les Anglais devancent les Français, et lorsqu'en France on se servait encore de gantelets tels que ceux dont nous présentons en A et B un exemple (fig.5), les Allemands possédaient de gros gantelet, beaucoup plus lourd et chargés ; les Anglais, des gantelets déjà perfectionnés comme fabrication et passablement articulés, ainsi qu'on le voit en C et D.

Comme toujours aussi, on ne tarda pas en France à profiter de ces perfectionnements, et à obtenir d'aussi bons résultats, mais en adoptant des formes plus simples et plus belles.

La figure 6 représente un de ces gantelets français de 1350 à 1360.

La couverture du dos de la main ou le <miton> est orlé de laiton au bord des crêtes palmaires et de la garde. Sur la double bordure de laiton de la garde est gravée deux fois le mot AMOR.

Les gouttières interosseuses sont vivement accusées et défendent bien les entre-doigts. La garde est suffisamment évasée pour permettre le mouvement du poignet, et assez large pour laisser passer la main par son ouverture, tout en couvrant bien le bas du bras. Les doigts sont garantis au moyen de pièces recouvrantes de laiton sur les articulations et rivées entre elles latéralement. Cependant ces doigts n'étaient point encore fixés au miton et tenaient seulement par des rivets au gant de peau ; tandis que dès le commencement du XVe siècle, l'armure de fer du gantelet est indépendante du gant de peau et ne fait que s'y attacher par quelques points de couture. Une autre modification importante est apportée au gantelet. Les crêtes palmaires sont couvertes par une pièce spéciale, indépendante du dos et des doigts (fig.7). Le pouce est articulé au moyen d'une charnière dont un des rivets est <gai> et permet ainsi le mouvement en tout sens.

Ce beau gantelet date 1440 environ. Le poignet est articulé de a en b, de telle sorte la grande garde peut rester collée au brassard d'avant-bras. Les plates sont légèrement cannelées ce qui leur donne de la force, et renforcées aux articulations de petits mamelons saillants, comme on en voit sur la carapace de quelques insectes ; les ouvertures des doigts étaient fixées à la plate des crêtes palmaires et au dos par des courroies sous-jacentes rivées. Quelques pièces sont ajourées. Ces sortes de gantelets étaient habituellement fabriqués à Nuremberg, et était fort estimés pendant le XVe siècle.

Plus tard, vers 1470, il arrive souvent que les doigts des gantelets ne sont plus détachés, mais réunis et articulés ensemble ; la couverture du dos de la main, au lieu d'être d'une seule pièce, est articulée. La figure 8 montre un de ces gantelets entièrement fait d'acier. Les quatre se meuvent ensemble sur les rivets a. Le dos de la main est articulé de cinq pièces ; la couverture des crêtes palmaires est cannelée en torsade, tandis que les plates du dos de la main sont cannelées, ainsi que le montre le détail B. La charnière du pouce a un de ses rivets gai, pour permettre le mouvement en tous sens. La garde de ces gantelets joignait exactement le brassard d'avant-bras et se fermait au moyen d'une charnière A et d'un bouton.

On portait alors à la guerre, et surtout dans les tournois, des gantelets appelés <mitons>, dont les doigts n'étaient point séparés, qui se pliaient en trois pièces, à partir de la couverture du dos de la main mais dont le pouce était articulé (fig.9). Souvent le gantelet de la main droite, comme dans cet exemple, était disposé de telle sorte que la plate d'extrémité des quatre doigts était percée d'un trou a (voyez en A) qui entrait dans un goujon loqueteau b (voyez en B), Le gantelet ainsi <fermé>, il n'était pas possible de lâcher la poignée de l'épée. Celle-ci était, pour ainsi dire, rivée à la main.

Avec ces gantelets de main droite on portait à la main gauche un <bras de fer> (fig.10) qui servait à maintenir les rênes. Le poignet était assez large pour laisser passer la main, le brassard d'avant-bras ne s'ouvrant pas. Les quatre doigts étaient articulés ensemble ; la main et le poignet dépassaient la pointe de l'écu, et devaient par conséquent être solidement armés.


Le gantelet de la fin du XVe siècle est fabriqué sans modifications importantes ainsi que le montrent ces derniers exemples. Les plates de ces gantelets sont toujours bien aciérées, assez épaisses et rivées avec beaucoup de soin.

Les bons gantelets du XVe siècles, à doigts détachés, sont très souples à la main et laisse aux mouvements une parfaite liberté.